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FL 2 3164

Graupner: Partien 1718 & Galanteries: Partitas pour clavecin, vol.2

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 13 mai 2003
Numéro de l'album FL 2 3164
Periodes Baroque

Informations sur l'album

I. Biographie

Né à Kirchberg, en Saxe, le 13 janvier 1683, Christoph Graupner fut l’un des compositeurs les plus importants de son temps; reconnu comme tel par ses contemporains, il était aussi estimé que Handel ou Telemann. Il compta parmi ses amis et admirateurs les compositeurs Heinichen, Mattheson, Grünewald ainsi que Fasch, qui fut aussi son élève.

Après avoir fait ses études à Leipzig avec Kuhnau, prédécesseur de J.S. Bach à la Thomaskirche, Graupner quitta cette ville en 1704 pour devenir claveciniste à l’orchestre de l’Opéra de Hambourg, dirigé par Reinhard Keiser. Handel, alors âgé de 21 ans, était violoniste au même orchestre. Graupner composa à cette époque plusieurs opéras qui eurent un grand succès auprès du public.

Le landgrave de Hesse-Darmstadt, grand mélomane et compositeur à ses heures, les entendit lors de ses séjours à Hambourg et voulut dès lors compter Graupner parmi ses musiciens. Graupner se vit donc offrir un poste à la cour de Hesse-Darmstadt en 1709. Il en devint le maître de chapelle (Hofkapellmeister) en 1712. Ses tâches, qui consistaient à composer la musique de cour, tant religieuse que profane, à la copier, à la faire répéter et à la diriger, de même qu’à tenir la partie de clavecin, l’accaparaient à ce point qu’il travaillait jour et nuit, sans aucun congé, ce dont il se plaignit discrètement. C’est à peine s’il avait le temps d’écrire une lettre!

Le 4 mai 1722, à la demande du landgrave son employeur, il refusa à regret le poste prestigieux qu’on lui proposait: cantor de l’église Saint-Thomas à Leipzig. C’est d’ailleurs ce qui permit à Jean-Sébastien Bach d’y accéder officiellement le 5 mai. Compositeur prolifique et infatigable, Graupner était reconnu pour son talent à écrire des fugues, pour le génie de sa musique d’église, pour sa virtuosité au clavecin (qui déclina à mesure qu’il avançait en âge) de même que pour l’excellente calligraphie de ses autographes et des copies qu’il fit d’œuvres de ses contemporains. Fait inhabituel, Graupner grava lui-même « à main levée » (c’est-à-dire directement sur la plaque de cuivre, selon la tradition de l’imprimerie allemande) les quatre collections qu’il a publiées: trois collections de musique de clavecin et son jadis célèbre livre de chorals (1728).

Il cessa ses activités de compositeur en 1753, à cause d’une cécité totale. Il resta à la cour de Darmstadt jusqu’à sa mort, le 10 mai 1760, et refusa que l’on peignît son portrait. Outre la musique de clavecin, sa production comporte une dizaine d’opéras (dont plusieurs furent perdus), 1418 cantates religieuses et 24 profanes, 44 concertos pour un à quatre instruments, 86 ouvertures-suites pour orchestre et 37 sonates (en trio, a quattro et a sei).

À l’instar de J.S. Bach et en conformité avec le rôle social de compositeur au XVIIIe siècle, Graupner a œuvré humblement et sans relâche, cumulant plusieurs tâches, sans jamais songer à la postérité.

II. Les partitas (ou suites) pour clavecin

La musique de clavecin occupe une place particulière dans l’œuvre de Graupner, et ce, pour deux raisons. Premièrement, parce que contrairement aux autres pièces de son immense production, elle n’a pas été composée par obligation, mais plutôt par pur plaisir et comme l’expression spontanée d’un talent qui lui était propre. Deuxièmement, parce que 21 de ses 41 partitas qui nous sont parvenues ont vu le jour sous forme de trois collections gravées de sa propre main. Ce fait est unique dans la production musicale de Graupner. Ces éditions originales constituent des documents inestimables, travaillés avec précision et attention, que le compositeur a jugés dignes d’être diffusés.
En voici les titres:
1. Partien auf das Clavier [Partitas pour clavecin] (Darmstadt, 1718)
2. Monatliche Clavir Früchte [Fruits mensuels pour clavecin] (Darmstadt, 1722)
3. Vier Partien auf das Clavier unter der Benennung der vier Jahreszeiten [Quatre partitas pour clavecin portant le nom des quatre saisons] (Darmstadt, 1733)

Les autres pièces de clavecin de Graupner existent sous forme de manuscrits ou d’autographes. Il s’agit d’un groupe de 17 partitas copiées par Samuel Endler et conservées dans le Livre de clavecin de Darmstadt (lequel comprend aussi des partitas de Telemann et de Handel), ainsi que de trois partitas non classées et de trois pièces isolées (dont l’aria et la gigue enregistrées ici).

En prenant connaissance de ce corpus exceptionnel, je n’hésite pas à affirmer que Graupner est l’un des principaux compositeurs de clavecin, non seulement par la quantité et la qualité de ses compositions, mais aussi par l’esprit inventif qu’il démontre tant au plan technique qu’au plan stylistique. À titre d’exemple, mentionnons l’utilisation de l’alternance des mains pour l’exécution des traits (passagi), fréquents dans ses pièces, et du croisement de mains. Ces deux éléments de la technique du clavecin au XVIIIe siècle sont décrits dans la préface de l’édition de 1724 des Pièces de clavecin de Rameau, qui les nomme respectivement roulement et batterie. Le roulement (alternance des mains) tel que décrit par Rameau est expliqué par Graupner dans la préface de son édition de 1718 [à cette différence près qu’au lieu d’utiliser les lettres D pour droite et G pour gauche, Graupner utilise R pour rechts (droite) et L pour links (gauche)]. Quant à la batterie (croisement de mains), Graupner l’utilise dans l’Aria composée vers 1722, bien que Rameau affirme, dans cette même préface, que ce principe lui est propre et qu’il soit le premier à l’utiliser! Bach utilisera aussi le croisement de mains dans la gigue de la première partita en 1726. Chez Scarlatti, le croisement de mains, technique à laquelle son nom est associé, fera partie intégrante de son écriture entre 1720 et 1755. Graupner utilise aussi dans son langage l’imitation des harmonies de cors (premières mesures des couplets dans l’Aria et deuxième Air en Gavotte) souvent associée à Scarlatti.

III. Partien auf das Clavier (Darmstadt, 1718)

Il est probable que cette collection remarquable eut quelque succès à l’époque. Il en existe quatre exemplaires connus ainsi que trois manuscrits complets (bien qu’aucun autographe). Elle comporte huit partitas: do majeur, do mineur, ré majeur, ré mineur, mi-bémol majeur, mi majeur, mi mineur et fa majeur et elle est préfacée par le compositeur. Les Partien auf das Clavier comportent plusieurs Rigoudons en Rondeaux (sic), danse rarement utilisée dans la suite pour clavecin. Elle est apparentée à la bourrée et à la gavotte. Le rigaudon de la Partita II en do mineur est dans le même caractère que ceux de Rameau (Suite en mi, 1724) avec ses notes répétées et ses allures de chants de marins. Le second rigaudon de Rameau ressemble d’ailleurs étrangement à celui de Graupner.

Graupner compose avec bonheur des sarabandes variées, tels les airs et variations pour clavecin auxquels nous associons Handel (Suite de pièces pour le clavecin, 1720). S’il est impossible de dire quelles œuvres de Handel ou de Graupner furent composées en premier, la parenté est évidente. Notons ici le nombre identique de suites publiées dans ces deux collections, huit suites chacune, d’autant plus frappant qu’il est inusité (les collections comportent habituellement six suites). C’est dans les courantes que la fertilité d’invention de Graupner est la plus notable.

S’y mêlent avec la plus parfaite originalité les caractéristiques de la courante française et de la corrente italienne — pourtant fort différentes. Graupner s’affirme sans gêne dans ces pièces par le ton ludique auquel on le reconnaît. Mentionnons aussi la particularité des deux menuets de la Partita en fa majeur: il ne s’agit aucunement ici de deux danses « alternatives » comme il est d’usage de les grouper dans les galanteries (c’est-à-dire la danse I, la danse II et la reprise — ornementée par l’interprète — de la danse I, comme sont présentés sur ce disque les menuets, gavottes et airs en gavotte des partitas non classées).

Le premier menuet de cette partita en fa est dans le style français du XVIIe siècle et se joue lentement (il rappelle d’ailleurs le fameux menuet « Dans nos bois Silvandre s’écrit » de Lully arrangé par D’Anglebert). Le second est un menuet galant dans le goût du jour. La gigue qui clôt la Partita II en do mineur est une véritable fugue, dans la meilleure tradition de Kuhnau. C’est ce type de pièces qui permit à Marpurg (Abhandlung der Fuge, 1754) de citer Graupner en exemple. Bach utilise aussi ce genre plus ancien de la gigue dans ses partitas en la mineur et en mi mineur (1725).

Dans cette collection, on retrouve un Graupner claveciniste virtuose, amoureux du clavier, compositeur savant, doué, aux talents variés, qui s’exprime avec fougue, plaisir, sensualité, mélancolie et émotion. Son talent, ses compétences, son esprit inventif et son savoir nous subjuguent. Rarement compositeur pour clavecin n’aura écrit avec une telle assurance, n’aura aussi bien fait sonner l’instrument et n’aura coloré les sons avec autant de maîtrise (écoutez, entre autres, l’arpeggio de la Variation IV de la Sarabande en fa majeur).

C’est avant tout son imagination et sa capacité à unifier les mouvements d’une partita qui ont permis à Graupner de créer des œuvres aussi fortes et aussi originales.

Le clavecin

Instrument utilisé sur cet enregistrement: Hubbard Broekman 2002, grand clavecin de style hambourgeois à deux claviers, d’après les modèles et pratiques de H. A. Hass, vers les années 1730. Étendue des claviers: 61 notes, cinq octaves, fa1-fa6, transpositeur. Disposition (de l’avant vers l’arrière): Clavier supérieur: nasal, 1 x 8′ (« dogleg »); Clavier inférieur 1 x 4′, 1 x 8′ (jeu de luth), 1 x 16′.

Le clavier inférieur se glisse sous le clavier supérieur afin d’engager les sautereaux « dogleg » de celui-ci (le nasal n’est pas disponible depuis le clavier inférieur). Les coulisses sont sur le sommier et ainsi ne conviennent pas à des changements rapides. Dimensions: Longueur 2745 mm (9′); largeur 1065 mm (3′ 6″).

© Geneviève Soly, 4 janvier 2003

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AN 2 9781
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