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AN 2 9116

Graupner: Partien auf das Clavier (1718) GWV 104, 105 et 107: Partitas pour clavecin, vol.4

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 18 janvier 2005
Numéro de l'album AN 2 9116
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Sur ce quatrième disque consacré à l’œuvre de clavecin de Christoph Graupner, Geneviève Soly vous présente trois partitas extraites de la collection des Partien auf das Clavier, publiée à Darmstadt en 1718.

Partien auf das Clavier (1718)

Cette collection de qualité exceptionnelle n’a jamais été réimprimée depuis sa parution en 1718, ni en édition moderne, ni en fac-similé. Elle fut gravée par le compositeur lui-même, à ses propres frais. On a recensé quatre exemplaires de l’édition originale, conservés dans les bibliothèques du conservatoire de Bruxelles, de l’université d’Oslo, et des villes de Berlin et de Darmstadt. Il existe trois autres sources, celles-là manuscrites et anonymes : une à Darmstadt, une à Berlin et, enfin, celle de l’université Yale à New Haven, au Connecticut, sur laquelle je tombai, par un heureux concours de circonstances, en novembre 2000, et qui marqua le début du projet Graupner.

Dans cette collection, Graupner démontre son érudition en composition musicale ainsi que son extraordinaire maîtrise des différents idiomes – dont certains de son invention – qui serviront à faire sonner le clavecin de multiples façons. Non seulement Graupner est-il sans conteste l’un des grands clavecinistes du XVIIIe siècle, mais il fait aussi preuve d’une extrême minutie dans son écriture, à l’égal d’un François Couperin. Ses ornements sont précisément notés et très variés, que ce soit en signes ou en toutes notes. Outre les plus communs de l’époque, il utilise aussi le Schneller, l’un des seuls ornements typiquement allemands, qui s’entend comme un mordant inversé (vers la fin de l’allemande de la partita en ré mineur, par exemple). Il affectionne aussi les passaggi, groupes de notes conjointes ou traits ornementaux, écrits généralement en notes plus petites que les autres, qui servent de lien entre des éléments mélodiques. Vous en entendrez des exemples dans la première partie de la loure de la partita V en mi bémol et dans la deuxième partie de l’allemande de la partita VII en mi mineur.

Les signes d’articulations –de même que les nuances (de pp à f) sont aussi fréquemment utilisés. Chez Graupner, les styles français, italien et allemand des XVIIe et XVIIIe siècles se côtoient et se mêlent avec aisance, reflétant toute l’imagination et le goût qui caractérisent le compositeur.

Partita IV en ré mineur (GWV 104)

Cette partita est indéniablement la plus courte et la plus facile techniquement de toute la collection. Il n’en reste pas moins qu’elle a énormément de charme, et sa qualité musicale n’en est d’aucune façon diminuée. Dans la préface de sa collection, Graupner mentionne qu’il a conçue celle-ci de telle manière que les interprètes les plus faibles aussi bien que les plus forts y trouveront leur compte. Publiée en 1953 chez Breitkopf und Härtel, à Leipzig, parmi huit partitas énumérées comme étant de Graupner (mais dont en fait quatre seulement l’étaient), la partita en ré mineur, certainement destinée aux amateurs, est du plus pur style français du XVIIe siècle, à l’exception des doubles (variations) de la sarabande, traités de la façon allemande, de même que du menuet final qui tranche avec les autres pièces par son style nettement galant. Il semble que Graupner ait voulu rendre hommage aux compositeurs français du Grand Siècle (Louis Couperin et Élisabeth Jacquet de la Guerre, par exemple) et démontrer sa connaissance intime de ce style.

La tonalité de ré mineur étant probablement la plus utilisée à l’époque, un amateur ne se sera pas senti en terrain inconnu avec cette partita. Il est par ailleurs notable que, dans l’œuvre de clavecin de Graupner, ré mineur soit parmi les tonalités moins fréquentes : seulement 3 des 41 partitas qui nous sont parvenues l’utilisent.

La  » sarabande  » est construite selon le modèle d’une mélodie accompagnée, comme à l’habitude de Graupner, et permet une grande liberté d’improvisation à la reprise. Vous entendrez cette forme dans les deux autres partitas enregistrées ici. Cette sarabande a cependant ceci de rarissime qu’elle est écrite en trois sections, au lieu d’être composée des deux sections communes à tous les mouvements de danse de l’époque baroque.

Partita V en mi bémol majeur (GWV 105)

Cette partita fait également référence au style français dans tous ses mouvements, sauf dans le double de la sarabande et dans la  » gigue « . Celle-ci est dans le plus pur style polyphonique allemand du XVIIe siècle, à l’image des gigues du professeur de Graupner, Kuhnau, qui utilise ce style systématiquement dans celles de ses Neue Clavier Übungen de 1689 et 1692. Graupner prend comme modèle ce style ancien de la gigue à trois reprises dans la collection (on le retrouve aussi dans la partita en do mineur enregistrée sur le volume 2), mais l’abandonnera ultérieurement pour ne plus écrire que des gigues à l’italienne, légères, rapides, qui utilisent le rythme pointé et les triolets.

L' » allemande « , joyeuse et pleine d’invention, laisse beaucoup de place à l’ornementation aux reprises; c’est une des caractéristiques de cette danse chez Graupner, comme on l’a entendu plusieurs fois sur les disques précédents. La seconde partie s’ouvre, de façon plutôt inusitée, sur un trait d’arpège qui relève habituellement d’une forme libre.

Dans la  » sarabande « , les progressions harmoniques utilisées ne sont pas banales. Par exemple, la deuxième partie recommence à la tonique plutôt qu’à la dominante ou à la relative attendue. De même, l’accord de septième, apparaissant quatre mesures avant la fin, nous surprend.

Les harmonies nous étonnent aussi dans deux des mouvements de la partita en mi mineur enregistrée ci-après : à la fin de l’air en menuet, ainsi que dans la deuxième partie du sommeille.

La  » loure « , une gigue à l’italienne jouée lentement que l’on utilise principalement en France, est rarement présente dans la suite de clavecin solo. Graupner en composera dans cinq de ses partitas. Dans cette loure, une note répétée donne l’élan de la danse.

Partita VII en mi mineur (GWV 107)

Cette partita est d’inspiration nettement italienne : non seulement la courante et la gigue répondent à ce style, mais la partita comporte un air particulièrement  » opératique  » (plage 19).

Je me suis permise d’ajouter un mouvement à l’œuvre : le  » sommeille  » (plage 20) provient en fait de la partita en sol majeur (GWV 151) du manuscrit 1231 de Darmstadt. Le sommeille est non seulement une pièce issue de l’opéra (voir les notes à ce sujet dans le livret du volume 3), mais la partita en sol majeur dont il provient contient aussi la sarabande de la partita en mi mineur enregistrée ici, réécrite en sol mineur pour l’occasion, ce qui constitue un cas unique dans les partitas de Graupner.

La  » sarabande  » est une pièce remplie d’émotion. Notez que la première mesure de la main droite est identique à la première mesure de la partie de soprano du Quia respexit humilitatem du Magnificat de J.S. Bach (composé ultérieurement).

L’  » air en menuet  » et son  » double  » (plage 17) sont absolument charmants. Je les traite comme un tout avec le  » menuet  » suivant (plage 18), et c’est la raison pour laquelle je joue en da capo, après cette troisième pièce du groupe, la première partie de l’air en menuet. C’est la parenté harmonique des pièces qui m’y a incité. En effet, la basse des mesures 2 à 5 du menuet est identique à celle des mesures 2 à 5 de l’air en menuet. Cette partie est d’ailleurs la réponse en canon de la main droite (mesures 1 à 4). Dans le double, Graupner nous séduit par une de ses inventions d’écriture fort ingénieuses : la répétition d’une note ayant une fonction harmonique dans la voix intermédiaire (ici à l’alto, joué avec le pouce de la main droite), ce qui a pour résultat de faire vraiment ressortir la mélodie. Cet idiome pourrait être comparé à l’utilisation que l’on fait, de nos jours, de la pédale au piano. Graupner se sert aussi de cette  » invention  » dans l’  » allemande « , dans laquelle la note répétée est jouée en contre-temps (mesures 12 à 17, également à l’alto).

Notez, dans la  » gigue  » finale, l’utilisation simultanée de groupes binaires et ternaires (quatre doubles-croches dans un temps binaire contre une noire et une croche dans un temps ternaire) de même qu’une séquence en écho en trois sections qui commence en piano (p / f / p).

?© Geneviève Soly, 2004

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FL 2 3109
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