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FL 2 3181

Graupner: Partien, GWV 103 & 150; Februarius, GWV 110: Partitas pour clavecin, vol.3

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 17 février 2004
Numéro de l'album FL 2 3181
Periodes Baroque

Informations sur l'album

I. Biographie

Né à Kirchberg, en Saxe, en janvier 1683, Christoph Graupner fut l’un des compositeurs les plus importants de son temps. Il compta parmi ses amis et admirateurs les compositeurs Heinichen, Mattheson, Grünewald ainsi que Fasch, qui fut aussi son élève. Après avoir fait des études en droit puis en musique à Leipzig avec Kuhnau, prédécesseur de J.S. Bach à la Thomaskirche, Graupner quitta cette ville en 1705 pour devenir claveciniste à l’orchestre de l’Opéra de Hambourg, dirigé par Reinhard Keiser. Il composa à cette époque plusieurs opéras qui eurent un grand succès auprès du public. Le landgrave de Hesse-Darmstadt, grand mélomane et compositeur à ses heures, les entendit lors de ses séjours à Hambourg et voulut dès lors compter Graupner parmi ses musiciens. Graupner se vit donc offrir un poste à la cour de Hesse-Darmstadt en 1709. Il en devint le maître de chapelle (Hofkapellmeister) en 1711. Ses tâches multiples – qui consistaient à composer de la musique de cour, tant religieuse que profane, de la musique pour l’opéra de la cour, à la copier, à la faire répéter et à la diriger, de même qu’à tenir la partie de clavecin – l’accaparaient énormément, ce dont il se plaignit discrètement. En mars 1723, à la demande du landgrave, il refusa à regret le poste prestigieux qu’on lui proposait : cantor de l’église Saint-Thomas à Leipzig. C’est ce qui permit à Jean-Sébastien Bach d’y accéder. Graupner cessa ses activités de compositeur en 1754, à cause d’une cécité totale, après avoir composé environ 2000 œuvres de grande qualité.

II. Les partitas (ou suites) pour clavecin 

La musique de clavecin occupe une place particulière dans l’oeuvre de Graupner, et ce, pour deux raisons. Premièrement parce que, contrairement aux autres pièces de son immense production, elle n’a pas été composée par obligation, mais plutôt par pur plaisir et comme l’expression spontanée d’un talent qui lui était propre. Deuxièmement, parce que 21 de ses 41 partitas qui nous sont parvenues ont vu le jour sous forme de trois collections gravées de sa propre main. Ce fait est unique dans la production musicale de Graupner. Ces éditions originales constituent des documents inestimables, travaillés avec précision et attention, que le compositeur a jugés dignes d’être diffusés.

Les autres pièces de clavecin de Graupner existent sous forme de manuscrits ou d’autographes. Il s’agit d’un groupe de 17 partitas copiées par Samuel Endler et conservées dans le Livre de clavecin de Darmstadt (lequel comprend aussi des partitas de Telemann et de Handel), ainsi que de trois partitas non classées et de trois pièces isolées. Graupner est l’un compositeurs de clavecin les plus importants du XVIIIe siècle, non seulement par la quantité et la qualité de ses compositions, mais aussi par l’inventivité dont il fait preuve, tant sur le plan technique que sur le plan stylistique. Le programme de ce disque a été conçu pour donner une idée générale des diverses facettes de la musique de clavecin de Graupner, reconnu en son temps comme un grand virtuose du clavecin et un compositeur hors pair.

Partita en do mineur (GWV 150)

Cette partita d’atmosphère sérieuse, qui peut rappeler la musique de J.S. Bach, débute par un prélude et une allemande exceptionnels reliés par une unité de pensée. Le mot volti (tournez), inscrit à la fin du prélude (fait unique chez Graupner), démontre d’ailleurs la volonté du compositeur d’enchaîner les deux mouvements. En plus de réserver des surprises harmoniques relevant de l’improvisation, le prélude développe deux idées musicales : l’une mélodique et l’autre que l’on pourrait comparer à un chant d’oiseau, composé tantôt de demi-tons ou de tons, tantôt de notes répétées en syncopes, le tout soutenu principalement par des tierces. L’idée de l’oiseau réapparaît dans l’allemande, où les traits en quadruples croches évoquent des roucoulements. Graupner compose souvent, et toujours avec bonheur, des airs et variations auxquels nous associons Handel (Suite de pièces pour le clavecin, 1720). Dans cette partita, les variations alternent les compositions utilisant des doubles croches (variations 1, 3 et 5) et celles utilisant des rythmes dansants (variations 2, 4 et 6).

Februarius en sol majeur (GWV 110)

La pièce enregistrée ici provient des Monatliche Clavir Früchte publiés en 1722. Il s’agit d’une collection de 12 pièces qui, au lieu de s’appeler partitas, portent chacune le nom latin d’un mois de l’année. Courtes, techniquement faciles et pleines de charme, ces pièces comportent toutes un prélude, une allemande, une courante et plusieurs autres mouvements de danse ou des airs, dont Graupner n’a vraisemblablement pas prévu l’exécution intégrale et consécutive. J’ai pour ma part interprété, par goût, tous les mouvements de la pièce  » février  » en plaçant l’air final – imitant un bel air d’opéra tel que Handel pouvait aussi en écrire – après la courante.

Le prélude, apparenté spirituellement à un lied de Schubert, est tout à fait original. On retrouve des parentés thématiques entre le prélude et le sommeille, entre l’allemande et la courante ainsi qu’entre la sarabande et l’air II suivant (qui est en fait une musette). Il n’y a à ma connaissance aucun autre sommeille dans la littérature de clavecin que ceux, au nombre de deux, de Graupner. Le sommeille, oeuvre principalement vocale, a connu une grande popularité en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, alors qu’il était utilisé dans les tragédies lyriques (Lully, Desmarets, Destouches et Rameau) et dans les cantates (Bernier, Jacquet de la Guerre). On le trouve exceptionnellement dans la musique instrumentale française (Couperin et Montéclair), mais je n’en connais aucun autre exemple en Allemagne. Il s’agit dans cette suite, d’un mouvement lent en 4/4 comportant au soprano une mélodie hautement ornée et poignante, rappelant évidemment l’opéra, accompagnée d’une basse marchante en croches.

III. Partien auf das Clavier (Darmstadt, 1718)

Cette collection remarquable a probablement eu quelque succès à l’époque. Elle comporte huit partitas : do majeur, do mineur, ré majeur, ré mineur, mi bémol majeur, mi majeur, mi mineur et fa majeur, et elle est préfacée par le compositeur. Il en existe quatre exemplaires connus ainsi que trois manuscrits complets, bien qu’aucun autographe. Il s’agit de la première collection gravée et publiée par Graupner, qui y a manifestement apporté le plus grand soin. Pratiquement exempte d’erreurs, la musique témoigne d’une grande originalité tout en recelant des éléments du passé.

Partita III en ré majeur (GWV 103)

Plusieurs partitas de cette collection comportent un élément musical unificateur. Dans la partita III en ré majeur, la modulation en sol majeur, qui nous surprend dès la deuxième mesure, sera utilisée dans la courante, dans la sarabande et dans la chaconne.

Cette chaconne finale est digne d’éloges : du plus pur esprit français au début, elle va nous mener à travers tous les idiomes possibles de la technique de clavecin et des styles musicaux existants jusqu’à faire se côtoyer une pièce notée en octaves à la main gauche et en lourds accords syncopés à la main droite – à la Handel ou à la Schumann ! – et une variation tout en lumière qui préfigure le concerto pour deux mandolines de Vivaldi. La pénultième variation est d’une virtuosité  » funambulesque « , pour citer le musicologue Alberto Basso, qui qualifiait ainsi la cadence du cinquième concerto dit brandebourgeois de J.S. Bach (autographe de 1721). Cette variation est certainement l’un des tout premiers passages virtuoses de l’histoire de la musique de clavecin.

Les Partien auf das Clavier comportent plusieurs Rigoudons en Rondeaux (sic), danse rarement utilisée dans la suite pour clavecin. Il s’agit d’une danse très caractérisée, enjouée, d’atmosphère rustique et carrée, qui rappelle une danse de marins selon Mattheson. Le rigaudon est apparenté à la bourrée et à la gavotte.

Dans cette collection de disques consacrés à Graupner, nous avons déjà enregistré ceux des partitas I, II et VIII. Celui de la partita III mêle le rythme lombard sur les intervalles brisés avec le mouvement mélodique de quatre croches liées. La sarabande (nommée sarabante à la façon d’un Allemand parlant le français !) comporte un  » double  » qui est en fait une variation, puisque qu’elle reprend l’harmonie de la sarabande en obéissant à un type d’écriture précis, en l’occurrence ici, le style luthé.

© Geneviève Soly, 13 octobre 2003

Le clavecin

Instrument utilisé sur cet enregistrement: Hubbard Broekman 1998, clavecin de style hambourgeois à deux claviers, d’après les modèles et pratiques de H.A. Hass, vers les années 1730. Étendue des claviers: 61 notes, cinq octaves, fa1-fa6, transpositeur. Disposition: clavier supérieur 1 x 8′; clavier inférieur 1 x 8′, 1 x 4′, jeu de luth. Le clavier inférieur se glisse sous le clavier supérieur afin d’engager les sautereaux « dogleg » de celui-ci.

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AN 2 2014
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