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FL 2 3109

Graupner: Partitas pour clavecin, vol.1

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 29 janvier 2002
Numéro de l'album FL 2 3109
Periodes Baroque

Informations sur l'album

L’œuvre pour clavecin de Christoph Graupner (1683-1760) comporte en tout quarante Partitas et trois pièces isolées. Seulement sept Partitas ont été publiées en édition moderne, dont quatre dans une édition maintenant épuisée. Graupner y emploie le plus souvent le style français, mais on retrouve aussi, surtout dans les Airs, le style italien. On note chez lui un goût indéniable pour le contrepoint cher aux Allemands, plus particulièrement dans les Gigues.

Selon la tradition allemande, la tonalité choisie pour une Partita se retrouve dans tous les mouvements de la pièce. En plus des danses traditionnelles (Allemande, Courante, Sarabande, Menuet et Gigue), ses Partitas comportent des mouvements peu utilisés dans le répertoire de l’époque tel la Loure et le Sommeille (sic). Les Partitas comptent de cinq à quatorze mouvements. Elles peuvent couvrir toutes les tonalités hormis les chromatiques do dièse, fa dièse et la bémol qui ne sont pratiquement pas en usage alors. Il est par ailleurs curieux de constater que Graupner n’a composé aucune Partita de clavecin dans les tons plus usuels de si bémol majeur et de si mineur. En lisant ses Partitas, on est frappé par leur degré d’invention et d’originalité.

Graupner était de toute évidence un homme vif, passionné, cultivé et de grand métier. Son sens de l’humour est aussi palpable dans sa musique. Les principales caractéristiques de son langage sont la virtuosité requise pour l’interprétation des traits et des gammes dont il use à profusion et le sens ludique qu’il démontre. On sent chez Graupner une forte tradition d’improvisation et on retrouve parfois des « moments d’improvisation » notés en détail dans ses compositions.

Partita X en la mineur, GWV 118, Monatliche Clavier Früchte (Darmstadt, 1722)

La source utilisée pour cet enregistrement provient de l’unique exemplaire de l’édition originale de cette collection. Elle comporte douze Partitas (GWV 109 à 120) et est conservée à l’université Yale. Les Partitas sont nommées selon les mois de l’année, dans un seul but de classification. Comparativement à la collection suivante, la musique est ici plus légère et plus facile à apprendre. Elle semble aussi moins intellectuelle, parfaitement sincère, davantage spontanée. On distingue un motif unificateur présent dans le Prélude, la Sarabande et la Loure. Dans ces mêmes mouvements, on retrouve également l’arpège et le trait ornemental cher à Graupner.

Partita I en do majeur, GWV 101, tirée des Partien auf das Clavier (Darmstadt, 1718)

La source utilisée pour cet enregistrement provient d’un manuscrit remarquable par la clarté, la beauté de la calligraphie et le soin qui y a été apporté. Il date du XVIIIe siècle et le copiste n’est pas identifié. Il se trouve dans la collection Rinck du fonds Lowell Mason de l’université Yale (Beinecke Rare Book and Manuscript Library). Il en existe aussi une édition originale à la bibliothèque de Darmstadt. Les Partien auf das Clavier, publiées par Graupner à son propre compte selon l’usage de l’époque, comporte huit Partitas (GWV 101 à 108). Dans « l’Avis au lecteur », Graupner donne des indications de doigtés, plus précisément sur le passage du pouce et les changements de mains dans les traits. Il spécifie que son travail n’est destiné ni aux grands virtuoses, ni aux amateurs, mais à ceux qui cherchent de la variété dans leur jeu. Son intention, affirme-t-il, est notre plaisir et non la « renommée vantarde » (!).

Dans son œuvre pour clavecin, Graupner unifie souvent les mouvements par des motifs musicaux facilement reconnaissables. C’est le cas dans cette Partita: l’utilisation de la gamme ascendante sert de motif unificateur à cinq des sept mouvements qu’elle comporte. De plus, il emploie à profusion ce qu’il conviendrait de nommer « le trait mélodique ornemental », en particulier à la fin de l’Allemande, dans la Sarabande et dans la première Courante (à l’italienne), laquelle contraste vivement avec la seconde Courante (à la française), qui aurait pu être composée quelque quarante ans auparavant.

Le Rondeau de la charmante Gavotte, nommée Rigaudon, s’imprime rapidement dans la mémoire et termine l’œuvre sur une note joyeuse et bienfaisante, en harmonie avec la tonalité de do majeur. Les troisième et quatrième couplets de cette pièce, bien qu’harmoniquement similaires, ravissent par leur élégance. Le style de Graupner fait parfois penser à celui d’autres compositeurs dont il intègre les éléments avec subtilité. Voici, à titre d’exemple, certaines influences audibles dans cette Partita: l’Invention à trois voix en do majeur de J.S. Bach (Praeludium), Sylvius Leopold Weiss (Allemande), Sixième Ordre de François Couperin (Rigaudon en Rondeaux [sic]).

Partita en la majeur, GWV 149, vers 1720

La source utilisée pour cet enregistrement a été publiée par les Éditions Fuzeau en 1993, avec une présentation du docteur Oswald Bill. Il s’agit d’une édition en fac-similé qui reproduit l’unique source de dix-sept Partitas de Graupner, qui n’ont jamais été publiées, ni de son vivant, ni après sa mort. Le manuscrit en question (D-DS Mus. ms. 1231) a été copié vers 1720 par Samuel Endler, l’un des copistes officiels de la cour de Darmstadt. Le texte étant erroné à plusieurs endroits, des corrections ont été nécessaires, dont certaines importantes dans la Chaconne. La Partita s’ouvre sur un Praeludium suivi, à l’instar d’œuvres allemandes pour orgue du XVIIe siècle, d’une courte fugue à quatre voix dont le sujet est dans le style vocal de la Renaissance. Le Menuet rappelle les compositions d’un éminent luthiste, S.L. Weiss, déjà cité. Celui-ci, ami de J.S. Bach, travaillait à la cour de Dresde et a écrit, dans les années 1710 et 1720, des dizaines de Suites (mot équivalent à Partita) solo pour son instrument.

Graupner semble avoir une prédilection pour l’Air (qu’il nomme indifféremment Aria) dans le style de Handel, varié ou non. Ses Airs sont souvent d’un grand lyrisme, et c’est le cas de l’Aria de cette Partita, qui fait clairement penser à l’opéra. La Bourrée est d’une simplicité désarmante. Avec un matériel réduit à l’extrême, Graupner réussit à nous charmer par une pièce fort amusante. Quant à la Gigue, elle n’est pas sans rappeler Domenico Scarlatti. Les cinq Chaconnes laissées par Graupner sont des pièces en tout point remarquables. La Chaconne en la majeur, par sa dimension et sa structure, s’apparente à celle de la Partita en ré mineur pour violon solo de J.S. Bach.

Longuement développée sur le tétracorde descendant, en trois sections (majeur – mineur – majeur), elle exploite toutes les ressources de l’instrument et tous les types d’écriture virtuose. Son esprit rappelle la grande Passacaille en sol mineur pour clavier de Georg Muffat (1690). Compositeur éminemment habile, novateur ou traditionaliste, mais toujours original, Graupner mérite notre considération et surtout une reconnaissance qui a tardé à venir dans le courant de renouveau de l’interprétation du répertoire baroque auquel on assiste depuis les années 1950.

© Geneviève Soly, 30 novembre 2001

Le clavecin—Instrument utilisé sur cet enregistrement

Hubbard Broekman 1998, clavecin de style hambourgeois à deux claviers, d’après les modèles et pratiques de H.A. Hass, vers les années 1730.

—Étendue des claviers: 61 notes, cinq octaves, fa1-fa6, transpositeur.
—Disposition: clavier supérieur 1 x 8′; clavier inférieur 1 x 8′, 1 x 4′, jeu de luth.

Le clavier inférieur se glisse sous le clavier supérieur afin d’engager les sautereaux « dogleg » de celui-ci. Bien qu’il soit coutumier de les identifier ainsi, les écoles homogènes de facture de clavecins n’étaient pas tant des écoles nationales que des écoles citadines. Dans cette perspective, les clavesingels flamands étaient l’expression de l’école d’Anvers, les clavecins français le produit de facteurs parisiens et les harpsichords anglais le produit d’artisans londoniens.

Il existait bien des fabricants en périphérie de ces écoles, mais l’argent qui faisait en sorte qu’une école de facture de clavecins puisse prospérer ne se trouvait que dans les centres urbains. Presque seule dans les grandes étendues de l’Allemagne, Hambourg avait une activité financière assez florissante pour maintenir un niveau important de culture musicale ainsi que sa propre école de facture de clavecins. Hieronymus Albrecht Hass a été baptisé à la St. Jacobi Kirche, Hambourg, le 1er décembre 1689.

Il n’est pas possible d’identifier l’atelier où H.A. Hass a appris son métier. Il épousa Margreta Doratea von Höffen le 12 octobre 1711, aussi à St. Jacobi, à quel moment il est identifié comme Instrumentenmacher. (Parmi les parrains et marraines de Margreta, on retrouve Abraham van Driel, un facteur d’instruments et Kortkamp, ou organiste.) Hieronymus Albrecht devint un citoyen à part entière de Hambourg le 23 mars 1714, un processus qui avait été entamé le 2 octobre 1711.

Dès 1715, on le retrouve avec sa famille sur la Rackerstrasse. Cette année-là, le 3 avril, une fille, Maria Johanna, est baptisée, toujours à St. Jacobi. À ce moment-là, il est inscrit comme Klaviermacher. (J.S. Bach était au nombre des candidats au poste d’organiste laissé vacant à St. Jacobi en 1719.) On ne sait pas quand est mort Hieronymus. Aucun de ses instruments fabriqués après 1744 ne nous est parvenu. La citoyenneté de son fils Johann Adolph a été accordée à la fin de 1746, l’année de l’instrument le plus ancien connu de celui-ci.

Aucun instrument existant ne porte une signature conjointe. H.A. était certainement déjà mort lorsqu’un petit-fils, Johann Albrecht, fut baptisé le 13 mai 1761. Dans son Historischbiographisches Lexicon de 1790, Ernst Ludwig Gerber a écrit: « Les Hass, père et fils, on fait de magnifiques clavecins et clavicordes, qui sont toujours très recherchés ». Le passage du temps ne nous a donné aucune raison de remettre en question cette appréciation.

© Hendrik Broekman
Traduction: Jacques-André Houle

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AN 2 2014
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