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AN 2 9118

Graupner: Partitas pour clavecin, vol. 5

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 17 janvier 2006
Numéro de l'album AN 2 9118
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Partita en la mineur (GWV 150)
Cette partita provient d’un livre manuscrit connu sous le nom de Livre de Clavecin de Darmstadt (Darmstädter Clavierbuch), copié vers 1720 par Samuel Endler, collègue et ami de Graupner, concertmeister, compositeur et vice-capellmeister de la cour de Darmstadt, qui comprend entre autre 17 partitas de Graupner.

Graupner a composé deux fois plus de pièces en mineur qu’en majeur. Lorsqu’il utilise ce mode, l’écriture est souvent simple – ce qui rend les pièces faciles à lire et à jouer – et la plupart du temps nostalgique. Dans ce cas, la beauté de sa musique nous rejoint d’emblée. Dans cette partita, l’allemande, la courante, la sarabande et les menuets appartiennent à ce style de musique triste, simple et touchante. Le style en est français et le caractère sombre, à l’exception de la gigue qui est dans le style italien.

Pour souligner le style, un toucher légèrement inégal convient à l’allemande et à la courante, même dans les accords brisés, là où les français ne l’auraient pas appliqué à époque. Mais il existe une cantate de Graupner dans laquelle toute l’aria, sous forme de courante à la française, est notée en rythme pointé, y compris dans les accords brisés, ce qui m’a donné l’idée d’appliquer le toucher inégal dans cette pièce bien qu’elle soit notée en valeurs égales dans la source. Le tempo est plutôt lent, caractéristique de cette danse lorsqu’elle est dans le style français. Celui-ci est manifeste par l’ornementation et par les hémioles (accentuation binaire dans deux mesures ternaires consécutives) qui y foisonnent.

La sarabande est parvenue sous une forme rudimentaire à deux voix dont on se rend bien compte, dès la première lecture, qu’il ne s’agit que d’une ébauche. Peut-être Endler l’avait-il notée sur le champ, pendant une audition. Peut-être n’avait-il pas eu le temps de la compléter. Toujours est-il que j’avais pris le parti d’en fournir l’harmonie pour en faire une pièce à quatre voix. Il existe plusieurs autres sarabandes de clavecin de Graupner qui, telles cette pièce-ci, ressemblent à un air d’opéra ou à une mélodie accompagnée et dont l’accompagnement est assez fourni. Vous pourrez imaginer ma surprise lorsque je tombai récemment, tout à fait par hasard, sur une pièce parfaitement identique dans le drame pastoral La Costanza vince l’inganno composé par Graupner en 1715. Il s’agit de l’air de basse de Meleagrano (acte III, scène 6). Cette trouvaille a confirmé l’hypothèse des sarabandes  » vocales  » chez Graupner. C’est donc la version du drame pastoral arrangé pour clavecin que vous entendrez ici, sans aucun doute la version originale vu la date de composition (1715).

Le rigaudon en Rondeau et les menuets alternatifs (avec da capo au premier menuet après l’audition du menuet II) sont de petits bijoux qui permettent une ornementation très riche. J’ai ajouté une troisième voix harmonique au rondeau (le refrain) du rigaudon.

Graupner utilise régulièrement des signes de nuances dans sa musique religieuse et dans sa musique de clavecin. Dans plusieurs des cas, il s’agit d’un motif répété en écho. Bien qu’il n’y ait pas de nuances indiquées dans cette pièce, vous les entendrez dans la deuxième section de la gigue à partir du motif que j’intitule de l’oiseau. Ce motif se compose de trois notes en ton ou demi-ton ascendant et descendant. Il est répété plusieurs fois consécutivement (ici quatre fois) sur une note de départ de plus en plus aiguë, toujours avec un écho. Nous avons déjà entendu un motif similaire dans l’allemande de la partita en do mineur de ce même Livre de clavecin de Darmstadt (enregistré sur le disque volume 2 de cette collection).

Partita VI en mi majeur (GWV 106 et 119)

Cette partita est extraite de la grande collection des huit Partien auf das Clavier que Graupner a gravée et éditée à ses propres frais en 1718. C’est la huitième et donc la dernière à être enregistrée dans la série des Partitas pour le clavecin de Graupner chez Analekta. L’écriture y est savante, les harmonies y sont poussées (par exemple, la modulation en sol dièse mineur dans l’allemande), et les idiomes, dont certains qu’il a lui-même inventés (tel l’utilisation du pouce en contretemps dans les voix intermédiaires pour faire sonner l’instrument), dénotent sa grande connaissance du clavier.

L’allemande et la sarabande sont dans le style français, et Graupner a pris la peine ici d’écrire le rythme pointé (pour indiquer l’inégalité) tout au long de l’allemande, ce qu’il ne fait pas toujours, nous l’avons vu ci-dessus. La sarabande pourrait servir de modèle à toute composition qui veut utiliser l’art du rythme pointé comme moyen d’expression. Ces deux danses ont en commun un caractère de berceuse bien identifiable.

La courante est une pièce très originale dans l’utilisation des nuances (indiquées par p. et f. pour piano et forte). C’est l’unique pièce du répertoire de clavecin que je connaisse qui utilise l’écho dans une seule main, en l’occurrence la gauche, en la faisant se promener du clavier supérieur (pour l’intensité la plus faible) au clavier inférieur (pour l’intensité la plus forte) alors que l’autre main, la droite, reste en permanence sur le clavier inférieur. L’alternance doux – fort de la main gauche, dans cet ordre d’apparition, est d’ailleurs quelque chose de particulier en soi, puisque nous sommes habitués à entendre une alternance fort – doux. Ce principe n’est utilisé que dans la section B de la pièce, mais Graupner introduisait le motif qui servira d’écho en section B, dès la mesure 7 de la section A.

Dans cette partita, de même que dans la suivante sur ce disque, vous entendrez intercalés des mouvements de la suite Novembre des Monatliche Clavir Früchte, ici un menuet et une gavotte. La partita en mi majeur ne contient à l’origine que les quatre mouvements de danses traditionnels à la suite (allemande – courante – sarabande et gigue); elle est donc la plus courte de la collection de 1718. Les galanteries (gavotte, menuet, bourrée, rigaudon) font partie des pièces à succès de Graupner. Les deux galanteries choisies ici sont dans la même tonalité – c’est la tradition allemande et le principe utilisé par Graupner : une seule tonalité par partita – et ajoutent en légèreté à l’ensemble sinon plutôt sérieux de cette partita, bien que son caractère soit tourné vers l’espoir.

Partita en do majeur (GWV 109 et 126)
Plusieurs mouvements de deux partitas en do majeur sont ici regroupés : une partita en totalité, dont la source est le Livre de clavecin de Darmstadt (GWV 109) et l’autre en partie, extraite des Monatliche Clavir Früchte, collection également gravée et publiée aux propres frais du compositeur en 1722. Dans ce volume, Graupner ne donne pas le nom de partita à la suite de mouvements de danses qu’il regroupe en tonalités, en les nommant selon les mois de l’année. Toutes les suites de cette collection sont précédées d’un prélude. Il semble bien que l’ordre d’exécution des pièces de chacune des suites (ou partita) ainsi formée, de même que le nombre de pièces à choisir pour l’exécution, soit laissé à la discrétion de l’interprète.

En puisant dans ce corpus de mouvements de danses pour élargir une partita déjà constituée, je ne fait qu’appliquer des principes d’interprétation bien courants de l’époque baroque. C’est une façon de faire qui est tout à fait personnelle, subjective (j’aime telle pièce et je désire l’enregistrer tout de suite, par exemple!) et aléatoire, que je ne me permettrais pas d’appliquer systématiquement dans toute la musique de Graupner. En effet, la plupart des partitas de la collection des Partien auf das Clavier de 1718 sont manifestement conçues comme un tout, avec des motifs repris d’un mouvement à l’autre et une construction évidente de l’ensemble de l’œuvre. La partita en mi majeur enregistrée sur ce disque est la seule de la collection de 1718 qui le permet à mon avis.

En ce qui concerne le Livre de clavecin de Darmstadt, il faut considérer qu’il s’agit d’une une exception dans l’œuvre de clavecin de Graupner : il ne nous est pas parvenu en autographe (manuscrit du compositeur) ou en édition originale (source très précieuse et qui reflète de très près la pensée du compositeur par nature). Il est donc difficile de savoir au juste ce que Graupner avait en tête en composant la musique qui y est contenue. C’est pourquoi l’ajout de mouvements d’autres œuvres convient aisément aux pièces qui y sont regroupées.

Le prélude, une pièce  » organistique  » qui comprend une section libre, une fugue et un retour à la section libre, est physiquement très agréable à jouer : du Graupner à l’état pur! L’allemande est dans le même style que celui utilisé par Handel dans plusieurs de ses pièces de clavecin. L’écriture permet beaucoup de plénitude, tout comme dans le prélude que je lui ai accolé. La courante est dans ce style mixte particulier à Graupner qu’il utilise normalement dans ce type de danse. Il traite la courante tantôt avec la légèreté et les deux voix à l’italienne, tantôt avec l’allant français dans les sections à trois voix, dont les fins de phrases sont la plupart du temps accentuées en hémioles. Les grands traits de triples croches de la sarabande (passagi) sont notés en toutes notes. La liberté de cette écriture foisonnante fait ressortir la qualité mélodique de la pièce. Écrire des variations sur la mélodie d’une sarabande est une façon française plus ancienne de faire qui était utilisée à Versailles par Lambert, beau-père de Lully et grand compositeur d’airs de cour. Les variations de Graupner qui suivent la sarabande sont dans cette tradition qui a aussi été adoptée par Handel. Le premier menuet du premier groupe des menuets alternatifs est une pièce très similaire au menuet en sol majeur composé par Petzold qui se trouve dans le Petit livre d’Anna Magdalena Bach. C’est la raison pour laquelle il nous est si familier. Il a un mouvement de berceuse très agréable. Dans cette pièce, j’utilise l’écho et la registration à profusion. La loure, une gigue lente, est très déclamée. On entend des mots, mais on ne sait pas lesquels. Graupner, dans sa minutie habituelle, varie l’articulation de motifs similaires et successifs : il s’agit des quatre doubles croches descendantes de la première partie de la danse, tantôt groupées par deux, tantôt par quatre. La petite reprise finale, un procédé français, est indiquée par le compositeur. Les gavottes de la suite Januarius enregistrées ici sont très similaires aux rigaudons du compositeur : rudes, solides, de vraies danses de marins !

Quant aux menuets de la même suite que j’inclus également, ils sont enfantins et laissent beaucoup de place à la fantaisie. C’est une gigue enlevée et vive qui clôt ce cinquième enregistrement de la série de disques qui présente et fait découvrir la musique de clavecin de Christoph Graupner. Le plus grand mérite de ce compositeur est certainement de ne jamais nous décevoir et de nous tenir constamment en éveil.

© Geneviève Soly

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À propos

AN 2 9781
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