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AN 2 9120

Graupner: Partitas pour clavecin vol. 7

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 16 septembre 2008
Numéro de l'album AN 2 9120
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Monatliche Clavir Früchte (Darmstadt, 1722)

En 1722, Christoph Graupner grava et publia douze suites de pièces de clavecin intitulées, dans un style bien baroque,  » Corbeille de fruits pour chaque mois, Pièces de clavecin « , réminiscence sans doute des  » Fruits frais pour le clavecin  » (Frische Clavir Früchte, 1696) de son maître Johann Kuhnau.

En donnant onze ans plus tard quatre suites intitulées d’après les quatre saisons, Graupner a précisé dans sa préface qu’il ne songeait nullement à peindre la nature. Ici non plus on ne cherchera aucune intention programmatique dans le fait qu’une suite porte le nom d’un mois plutôt que d’un autre.

Après avoir enregistré sur les précédents disques de cette collection environ un tiers des pièces composant les Monatliche Clavir Früchte, nous présentons ici les quatre suites qui vont d’avril à juillet. Les morceaux restants feront l’objet du prochain enregistrement.

Structure des suites

Sur la page de titre, Graupner indique que le recueil consiste en préludes, allemandes, courantes, menuets, sarabandes, gigues, etc., mais évite le mot  » partita « . Nous avons affaire à des suites (six en majeur, six en mineur), comportant un nombre variable de pièces plutôt courtes. La plupart tiennent sur une page, mais quelques-unes empiètent sur la suivante, ce qui permet au compositeur-graveur d’ajouter un mouvement pour remplir complètement cette seconde page. Cette économie de papier n’est pas sans exemple à l’époque, ni en Allemagne ni en France. Mais il résulte de là que l’ordre imprimé des pièces n’est pas toujours à respecter dans l’interprétation (une allemande peut être suivie d’un menuet ou d’un air par exemple, alors que nous la préférons suivie d’une courante). Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de jouer tous les mouvements d’une suite ; quelques-uns auront été laissés de côté dans cet enregistrement. La pièce la plus longue de la collection est la chaconne en ré majeur, qui occupe trois pages pleines.

Destination des suites : connaisseurs et amateurs

Graupner affirme dans son titre que ces pièces sont composées la plupart du temps pour les débutants. En effet, la majorité des morceaux se lit à vue ou quasiment.
En 1719, dans son Exemplarische Organisten-Probe, le célèbre théoricien Johann Mattheson, ami de Graupner et de Händel, avait mis en garde contre l’audace de s’attaquer aux œuvres de clavecin de Graupner sans travail préalable. Il se référait alors aux partitas de la première collection composée, gravée et publiée par le maître de Darmstadt en 1718, les Partien auf das Clavier (enregistrée sur les disques précédents, volumes 1 à 5). La différence de difficulté technique est en effet frappante entre les deux collections.

L’opposition entre les connaisseurs (Kenner) et les amateurs (Liebhaber) est usuelle à l’époque. Il est normal de publier des collections pour les amateurs, ou d’autres qui s’adressent aux deux publics à la fois en entremêlant les morceaux faciles et difficiles dans la même collection, comme dans les Partien de 1718 justement. Rarement une collection est-elle publiée pour les connaisseurs seulement.

En effet, beaucoup d’amateurs avaient reçu une éducation musicale suffisante pour interpréter de courtes pièces avec le style, l’allure et la technique qui convenaient. Étant donné que la gravure était très onéreuse, on comprend aisément que le compositeur ait visé le marché le plus large et le plus prometteur. Or il y avait déjà depuis quelque temps des acheteurs potentiels chez les amateurs en quête de divertissements de qualité. Ainsi les partitas de Kuhnau sont  » composées et publiées afin de procurer à tous les amateurs un plaisir choisi. 1  »

Aperçu des pièces sur ce disque
Les préludes sont contrapuntiques et sérieux ; ils finissent par un adagio, à l’exception de celui en fa mineur, qui rappelle évidemment celui qui ouvre le Clavecin bien tempéré de J.S. Bach. En fait, si nous jouions chaque accord brisé deux fois dans le prélude de Graupner, à l’instar de celui de Bach, nous aurions deux pièces comptant exactement le même nombre de mesures.

Dans les allemandes, nous retrouvons le motif caractéristique de l’arpège. Mais celle en fa majeur est de facture particulière, en rythme pointé avec une allure plus fière que les allemandes ordinaires, qui sont plus ondulantes et plus lyriques. Le motif rythmique de la main gauche en octaves (croche suivi de deux doubles-croches) évoque la puissance percussive des timbales. Le passage est musicalement original et procure à l’interprète le plaisir de faire sonner et résonner l’instrument à son maximum.

Les courantes sont toutes de ce style probablement propre à Graupner (je n’en connais pas d’équivalent) et que je nomme mixte puisqu’il réunit les caractéristiques pourtant fort opposées de la courante à la française (assez lente et à plusieurs voix, ponctuée d’hémioles aux cadences) et de l’italienne (plutôt vive, à deux voix).

Les sarabandes en do mineur et en fa majeur ont un rythme caractéristique de double-croche pointée suivie d’une triple croche traitée en échappée — dans celle en do mineur — et en chant d’oiseau (demi-ton supérieur) dans celle en fa majeur. Dans les deux cas, une petite reprise clôt la pièce. La sarabande en fa mineur comporte une seconde section qui utilise un tout nouveau matériau musical par rapport à la première, dès sa quatrième mesure. Ce fait est inusité dans la composition des danses. Le nouveau matériau est une longue phrase (16 mesures) qui fait chanter le clavecin à la manière d’un prélude en utilisant des octaves à la main gauche, des notes répétées au soprano et une belle voix de remplissage harmonique à l’alto.

La musique des galanteries (menuets, gavottes, air en rigaudon) est, selon l’habitude de Graupner, bien caractérisée, vivante, entraînante et ludique, dans un style marqué par une certaine robustesse qui convient parfaitement. Dans le menuet en fa majeur, notons l’utilisation à profusion des octaves dans la main gauche.

Le bref air en do mineur est d’inspiration opératique et n’est absolument pas un mouvement de danse comme si souvent dans les partitas. Les airs des suites sont en effet soit un air de danse, soit une transposition instrumentale d’un air d’opéra.

Les deux gigues qui concluent les suites en do mineur et en fa majeur sont typiquement italiennes, vives et en rythme ternaire, avec l’articulation caractéristique des croches (deux liées et la troisième détachée).

Finalement, la chaconne en ré majeur comporte de belles trouvailles. Les idées y jaillissent avec exubérance et les contrastes de caractères ravivent constamment l’intérêt.

Conclusion

Au terme de l’enregistrement de quatre suites de cette collection, j’ai l’agréable sentiment d’avoir servi une musique bien écrite, maîtrisée, pleine d’art et d’imagination ; d’avoir interprété des compositions soutenues par le solide métier d’un compositeur-claveciniste généreux, qui aime son instrument et sait à merveille en glorifier les ressources. La facilité technique relative des pièces n’enlève rien au plaisir ressenti en les jouant, et leur qualité musicale promet à l’auditeur un plaisir égal, pourvu qu’il accepte de goûter le naturel, la franchise, la vigueur, la santé et le bon goût sans tenter, pour cette fois, de gravir les sommets les plus escarpés du Parnasse.
1  » Allen Liebhabern zu sonderbarer Annehmlichkeit aufgesetzet und verleget. « 

© Geneviève Soly

Clavecin Hubbard & Broekman, Boston 1998, d’après Hass, généreusement prêté par le facteur.
Tempérament: tempérament moyen modifié au cinquième de comma (tempérament ordinaire pour Julius)

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À propos

AN 2 2014
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