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FL 2 3026

Handel: L'Intégrale des concertos pour orgue, 1

Date de sortie 01 janvier 1996
Numéro de l'album FL 2 3026
Periodes Baroque
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

Le 20 mars 1735, dans le Old Whig: or, the Consistent Protestant, paraît l’extrait suivant, sous une rubrique intitulée « Lettre à un ami à la campagne »:

« Handel, dont les excellentes compositions nous ont souvent ravi l’oreille, et touché nos coeurs, a joué parfois cet hiver devant des salles presque désertes. Il a récemment repris son excellent oratorio d’Esther, dans lequel il a introduit deux concertos pour orgue qui sont inimitables. Mais si fort est le dégoût que l’on a envers lui, que même cela fut loin d’attirer les foules, bien qu’il n’y eut aucun autre divertissement public en ces soirées. Ses pertes pour ces deux saisons se calculent à de grandes sommes… »

Le concerto pour orgue, invention handelienne, est le fruit de circonstances qui ont peu à voir avec cette nécessité désintéressée par laquelle — on aime à le croire — se font les développements de style et de genres, si mi-nimes soient-ils. L’on saurait difficilement trouver résumé plus succint de ce concours de circonstances que celui offert par la « Lettre » citée plus haut. Les « grandes sommes », par exemple, ne sont pas choses neuves: l’on peut penser aux difficultés financières éprouvées par la Royal Academy de ses débuts à sa fermeture en 1728, de celles causées par la querelle entre la compagnie de Hændel et sa rivale, L’Opéra de la noblesse. Mais ici, elles nous rapellent que les considérations purement économiques jouent parfois, tant chez Hændel que chez d’autres compositeurs, un rôle essentiel quant à l’adoption de telle ou telle avenue artistique. La mention d’Esther, quant à elle, souligne bien que c’est dans le cadre de l’oratorio — genre renouvellé, sinon réinventé, et dont le compositeur lui-même aura tardé à reconnaître l’importance — que s’est d’abord inscrit le concerto pour orgue. Il n’est d’ailleurs pas faux de croire que ce dernier, en jouant la carte de la virtuosité offerte par la réputation d’improvisateur de Hændel, avait, en quelque sorte, la mission de regagner la faveur de ce public « dégouté ».

La reprise en question de l’oratorio Esther eut lieu le 5 mars 1735. Le 15, Mrs. Pendarves, amie de Hændel, écrit à sa mère: « Nous étions ensemble à l’oratorio Esther de Mr. Handel… Ma soeur vous a conté comment Mr. Handel a joué ici pendant trois heures de suite: j’eu souhaité que vous y soyez, car aucun divertissement en musique ne peut le surpasser, sauf son jeu à l’orgue dans Esther, où il se produit dans deux concertos, les plus belles choses que j’ai entendu de ma vie. »

L’un des concertos pour Esther était sans doute le Concerto op. 4 no. 3, en sol mineur. La génèse de l’oeuvre montre bien ce qu’a pu avoir de circonstantiel la création du nouveau genre, à quel point il fut conçu à la hâte. Une grande partie du premier mouvement, par exemple, n’est qu’une adaptation d’un mouvement de la sonate en trio op. 2 no. 6, alors que le matériau du mouvement final provient de deux sonates de l’op. 1. De plus, l’écriture quasi sténographique de la partie d’orgue du premier mouvement permet de supposer que l’attrait, ici, résidait peut-être essentiellement dans l’attente de riches ornementations.

Le Concerto en la et le Concerto en fa (« Le Coucou et le Rossignol ») datent tous deux des premiers mois de 1739. Le 20 mars, le London Daily Post annonçait: « au King’s Theatre… en ce jour… sera reprise une Ode, nommée Alexander’s Feast. Écrite par Mr. Dryden. Avec plusieurs Concertos à l’Orgue, et autres instruments, particulièrement un nouveau Concerto à l’Orgue par Mr. Handel… » Le concerto en question, écrit « spécifiquement pour cet événement », était probablement le Concerto en la — occupant sans doute la place jadis réservée au Concerto op. 4 no. 6, c’est-à-dire après le récitatif « Timotheus, plac’d on high ». Quant au Concerto en fa — son surnom est dû aux thèmes caractéristiques du second mouvement, matériau emprunté en grande partie à Porta et au Capriccio Cucu de J.K. Kerll — il est probablement celui annoncé le 4 avril (« …avec plusieurs concertos à l’orgue, particulièrement un nouveau »), pour la première d’Israel in Egypt.

Le Concerto op. 4 no. 6 fut présenté pour la première fois en 1736, dans une version pour harpe, dans l’oratorio Alexander’s Feast. Son orchestration est différente de celle des autres concertos de l’Op.4, la flûte à bec doublant les parties de violon, plutôt que les habituels hautbois. On y retrouve aussi une écriture plus serrée qui laisse peu de place à l’improvisation. L’indication ad libitum, particularité de la quasi-totalité des concertos pour orgue, y est d’ailleurs absente.

L’Orgue

En 1854, les paroissiens de la charmante église anglicane St. Stephen’s de Chambly, au Québec, ont remplacé leur petit orgue à cylindre (vendu à l’église St. Thomas de Rougemont où il fonctionne encore aujourd’hui) par un positif de Samuel Warren. Cet instrument a profité en 1955 d’un relevage honnête, effectué par le facteur anglais J.S. Tuttiet. S’il remplaça le pied des tuyaux du bourdon 16′ et porta le pédalier de 22 à 27 notes, tout porte à penser qu’il respecta le caractère originel de l’instrument. On notera que, suivant la coutume de l’époque, la dulciane emprunte au bourdon ses tuyaux graves. Quant au buffet, qui s’harmonise si joliment à l’ensemble de l’église, il révèle combien Warren, issu d’une famille d’ébénistes et d’architectes, avait le sens de la proportion, non seulement dans l’oreille mais aussi dans l’œil.

Le facteur: Samuel Warren

Samuel Russel Warren (Triverton, R.I. 1809 – Montréal, 1882) reçut sa formation de facteur aux États-Unis, notamment auprès d’Appleton, avant de se fixer à Montréal, en 1836. Il y connut rapidement un succès durable qui lui permit de construire plus de quatre cents instruments et de former plusieurs disciples, notamment son fils Charles S. et Louis Mitchel, qui ont illustré, à leur tour, la facture canadienne. Warren fut, en fait, notre premier facteur professionnel et c’est lui qui a donné à notre facture une solide base traditionnelle et, en même temps, l’ouverture aux nouveautés, introduisant ici le levier Barker (1851), la soufflerie hydraulique (1860) et des jeux relativement nouveaux comme les flûtes harmoniques et les anches libres. Ses grands instruments ont, hélas, disparu ou ont été très remaniés. Heureusement, les positifs de Chambly, Frelighsburg et Dunham ont été à peu près épargnés par les alénas du temps et de la mode.
– Antoine Bouchard

Composition de l’Instrument
Clavier manuel (expressif)
Principal 8′
Stopped Diapason 8′
Dulciane 8′
Principal 4′
Flûte 4′
Fifteenth 2′
Pédale Bourdon 16′
Pedal Couple 4′

Note de l’éditeur

Les seize concertos de Hændel proposés dans cette collection ont été enregistrés sur des orgues anciens du Québec. Les dimensions modestes de ces instruments suggéraient un effectif orchestral réduit. Les auditeurs ne doivent pas s’étonner d’entendre des bruits mécaniques, fréquents dans les orgues de cette époque. Ils sont reproduits ici avec autant de fidélité que l’ensemble du message sonore.

© Alex Benjamin

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