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FL 2 3037

Verismo: Airs d'opéras

Date de sortie 14 août 1995
Numéro de l'album FL 2 3037
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Toutes les époques remettent en question les valeurs artistiques en place tout en cherchant une orientation nouvelle. Pour l’opéra italien de la fin du XIXe siècle, cette démarche a pris la forme d’un mouvement appelé verismo dont Pietro Mascagni et Ruggiero Leoncavallo seront les deux porte-étendard. Une douzaine d’œuvres très connues ont permis à ce mouvement de s’implanter, sans compter toutes les compositions qui ont sombré dans l’oubli.

Pour connaître l’origine du vérisme, il faut se reporter à l’œuvre littéraire d’Émile Zola (1840-1902), qui illustra dans ses romans la vie souvent difficile réservée aux couches modestes de la société; qu’il s’agisse de la lavandière dans L’Assommoir, la courtisane dans Nana, ou encore le monde paysan dans La Terre. Le réalisme palpable de Zola, qu’il définissait comme l’exposition d’une « tranche de vie », a franchi la frontière italienne et inspiré des auteurs siciliens tels Giovanni Verga et Luigi Capuana.

Cavalleria rusticana, drame en un acte que Verga adapta en 1884 de sa nouvelle du même nom, inspira Mascagni et permit au souffle vériste de se propager dans le monde de l’art lyrique. La première de l’œuvre eut lieu à Rome en 1890 et demeura pendant deux décennies la figure de proue de l’opéra italien. Alfano, Zandonai, Puccini, Leoncavallo, Giordano et Cilea ont contribué par leur génie à l’épanouissement de ce genre musical.

Le mouvement vériste a touché d’autres pays tels la France (La Navarraise de Massenet) l’Allemagne (Tiefland d’Albert) la Tchécoslovaquie (Jenufa de Janácek) et l’Amérique (The Consul de Menotti), mais c’est en Italie qu’il connut son plus grand rayonnement. L’enthousiasme pour le verismo était tel que, lors de son passage en Italie dans les années 1890, Zola fut salué comme le père de la nouvelle tradition lyrique italienne.

Tous les airs qu’a choisi d’interpréter Diana Soviero sur ce disque sont italiens, et pour la plupart tirés d’œuvres qui ont conservé la faveur du public. On y retrouve aussi des airs moins connus qui auraient mérité un meilleur sort et que cet enregistrement fait revivre avec bonheur. Le terme italien vero se traduit par « vérité ». Pour l’opéra italien de la fin du XIXe siècle, il signifie le réalisme avec lequel la vie était représentée sur scène, contrastant ainsi avec les excès du romantisme et la grandiloquence qui affublaient certains mouvements musicaux qui avaient précédé. « Aussi longtemps que les chevaux demeureraient des « destriers”, les cloches, des « bronzes sacrés”, et que les femmes au lieu de se marier seraient « menées vers l’autel nuptial”, la réalité quotidienne serait maintenue à une saine distance », écrit Julian Budden. Le rôle du mouvement vériste a été « d’actualiser l’opéra et de le ramener sur terre », nous dit Peter Conrad en tentant de le définir.

Les opéras véristes mettaient en scène des personnages de la vie de tous les jours, aux comportements et aux réactions spontanés; ils parlaient un langage ordinaire et vivaient humblement, sinon pauvrement. Les prototypes véristes avaient des personnalités démonstratives, quelques fois explosives, que colo-raient des mœurs folkloriques. « L’action dramatique des opéras véristes se déroulait dans une atmosphère dénuée de nitrogène, où conséquemment brûlait un feu d’une rare intensité », explique Donald Grout dans Short History of Opera. Quoique de courte durée, l’époque vériste n’en a pas été moins intense.

Au moment où Cavalleria rusticana connaissait ses premières représentations, naissaient déjà de nouveaux mouvements littéraires, le symbolisme et l’expressionnisme entre autres. Le courant vériste aura quand même duré vingt ans. À une exception près (Suor Angelica, 1918), les opéras que nous permet d’apprécier cet enregistrement furent composés entre 1890 et 1907, et la majorité autour de 1890. À juste titre, on compare le verismo à un météore qui aurait traversé le ciel de l’opéra, fascinant et radieux à la fois.

© Robert Markow

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AN 6 1022
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