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AN 2 9813

Oratorios italiens: Vivaldi, Scarlatti, Caldara, Zelenka

Date de sortie 24 février 2004
Numéro de l'album AN 2 9813
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Cet enregistrement propose un échantillon du riche répertoire d’oratorios italiens tels qu’on en a composé à Rome et à Venise ainsi qu’aux cours catholiques de Vienne et de Dresde. Au tout début de l’époque baroque, le mot « oratorio » désignait un édifice — l’oratoire ou la salle de prière — où se réunissait pour prier une assemblée laïque.

Fondée à Rome dans les années 1550 par saint Philippe Néri, la Congregazione dell’Oratorio s’est étendue dans toute l’Italie. La musique jouait un rôle prépondérant dans les oratoires, au point où dès la seconde moitié du XVIIe siècle le mot « oratorio » servait aussi à décrire le nouveau genre musical qui accompagnait les services. Ces oratorios étaient des mises en musique de textes tirés de la Bible (à la fois de l’Ancien et du Nouveau Testament), d’hagiographies ou d’allégories morales.

Les premiers oratorios étaient généralement des œuvres d’assez petite envergure, écrits pour un ensemble instrumental réduit et quelques chanteurs. Ils étaient généralement composés de deux sections entre lesquelles on prononçait un sermon. Au tournant du XVIIIe siècle, les oratorios étaient de plus en plus produits dans des lieux séculiers, en particulier dans les palais de la noblesse. On y avait remplacé les sermons du milieu par des rafraîchissements d’intermède. Les maisons d’opéra étaient fermées durant le Carême et l’oratorio s’est avéré le substitut idéal au divertissement profane: ainsi, la noblesse pouvait entendre ses chanteurs favoris tout au long de l’année.

Dans sa forme et son contenu, l’oratorio du haut-baroque était presque impossible à distinguer de l’opéra. Les livrets puisaient toujours dans les sujets bibliques ou allégoriques, mais ils étaient souvent aussi dramatiques que les livrets d’opéra. Les compositeurs offraient des arias renversantes aux chanteurs étoiles ainsi qu’une riche musique instrumentale aux orchestres qui les accompagnaient. C’est principalement dans la présentation que l’oratorio se distinguait de l’opéra: bien que l’oratorio ait souvent été chanté devant des décors en trompe-l’œil très élaborés avec parfois quelques accessoires, il n’était pas autrement mis en scène.

Le compositeur originaire de Bohême Jan Dismas Zelenka avait étudié en Italie et Vienne avant de prendre le poste de Compositeur d’église à la cour de Dresde. Il a composé trois oratorios pour la cour, dont Gesù al Calvario en 1735 sur un texte de Boccardi, manifestement destiné à être produit durant la Semaine sainte. Zelenka n’a pas composé d’opéras et le reste de sa musique vocale est principalement écrite sur des textes liturgiques. Les oratorios donnent un aperçu d’un Zelenka plus expressif, bien que sa virtuosité si caractéristique et son style quelque peu excentrique soient évidents ici comme ailleurs. Les arias « Se in te fosse viva fede » et « A che riserbano » sont chantées par San Giovanni. Antonio Vivaldi a composé quatre oratorios dont un seul nous est parvenu. Juditha triumphans a été écrit en 1716 pour des représentations à la Pietà.

Le livret de Giacomo Cassetti raconte l’histoire de Judith telle que rapportée dans le livre éponyme de l’Ancien Testament. Comme d’autres oratorios composés pour les conservatoires vénitiens, celui-ci est en latin plutôt qu’en italien. La page de titre du livret imprimé de l’oratorio se lit ainsi: « Judith triomphante, conquérante du barbare Holopherne: un oratorio militaire sacré présenté en temps de guerre par le chœur des vierges, à être chanté dans l’église de la Pietà. »

Une note explique la signification allégorique des personnages et des lieux: Judith représente Venise, sa servante Abra représente la foi, la ville assiégée de Béthulie et son gouverneur Ozias représentent l’Église et le pape, le général assyrien. Holopherne représente le sultan turc, et son serviteur Bagoas figure un général turc. La guerre faisait rage entre Venise et l’Empire ottoman depuis 1714. En 1716, Venise connut deux victoires: l’une à Petrovaradin (Serbie) et l’autre à l’île fortifiée de Corfou. Cassetti a pris quelques libertés avec l’histoire de Judith afin de renforcer l’allégorie. Dans sa version, Judith supplie Holopherne — qui assiège la ville juive de Béthulie — de faire la paix. Holopherne tombe amoureux de Judith sur-le-champ et l’invite à partager le repas avec lui. Ivre d’avoir trop bu de vin, il s’endort. Judith lui tranche la tête avec l’épée même de l’ennemi et s’enfuit, libérant du même coup Béthulie et ses habitants.

L’aria « Noli, o cara » est chantée par Holopherne languissant d’amour pour Judith, accompagné assez originalement par un hautbois et un orgue obligé. Dans l’air « Agitata infido flatu », l’accompagnement aux cordes dépeint les battements d’ailes d’une hirondelle qui tente de voler contre un vent violent. Dans la partition manuscrite cet air est clairement attribué à Holopherne, mais le texte chanté le destine de toute évidence à Judith.

Lors des représentations à la Pietà, tous les rôles étaient campés par les filles de l’hospice (y compris celui de l’eunuque Bagoas !). Durant la période baroque, le sexe de l’interprète différait souvent de celui du rôle qu’il incarnait. Ainsi, dans l’esprit de cette époque, nous avons pris la liberté de faire chanter par un alto masculin un air qui appartient à l’une des grandes héroïnes de l’histoire: Judith. Comme la partition manuscrite de Juditha triumphans ne comporte ni sinfonia d’ouverture, ni « introduzione », nous avons choisi d’inclure l’un des nombreux concertos pour cordes de Vivaldi.

Alessandro Scarlatti était un compositeur remarquablement prolifique, avec ses quelque 70 opéras, 30 sérénades, 35 oratorios, 80 motets et 700 cantates. Il partageait ses activités professionnelles entre Naples et Rome, bien qu’il composât la plupart de ses oratorios pour Rome. Cain ou Il primo omicidio a été le seul oratorio qu’il écrivit pour Venise, en 1707. Il a été repris à Rome trois ans plus tard. Le livret anonyme reprend l’histoire de Caïn et d’Abel tel que raconté dans la Genèse 4, 1-16.

Nous avons choisi ici quatre des six arias de Caïn, qui expriment une variété d’émotions allant de la détermination au remords. L’introduzione en trois mouvements qui ouvre l’oratorio est un véritable concerto pour violon en miniature.

Antonio Caldara a joui d’un succès considérable comme compositeur d’opéras et d’oratorios à Venise et à Rome avant de gagner Vienne en 1715 pour entrer au service de l’empereur Charles VI. Il était très admiré à la cour et fournissait un ou deux oratorios à chaque temps de Carême. L’oratorio La Passione di Gesù Cristo Signor Nostro a été présenté durant la Semaine sainte en 1730. Le livret était une nouvelle commande qui avait été passée à Pietro Metastasio, qui venait tout juste d’être nommé à l’entourage de Charles VI. « Giacchè mi tremi in seno » est l’air d’ouverture chanté par un Pierre tourmenté.

© Charlotte Nediger
Traduction: Jacques-André Houle

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À propos

Tafelmusik Baroque Orchestra
AN 2 9763
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