fbpx
AN 2 9835

Vivaldi: L'estro armonico

Informations sur l'album

Tafelmusik Baroque Orchestra interprète avec brio huit des douze concertos L’estro armonico de Vivaldi, considérés comme l’une des collections de musique instrumentale baroque les plus influentes.

Le compositeur de musique pour violon et l’interprète le plus populaire de cette époque fut Don Antonio Vivaldi […] Si notes vives et rapides sont diaboliques, Vivaldi doit répondre en grande partie de ce péché.
?Charles Burney, General History of Music (1789)

Antonio Vivaldi et la Pietà

Antonio Vivaldi est né à Venise en 1678, le fils de Giovanni Battista Vivaldi, violoniste accompli à l’emploi de la cathédrale San Marco. Le Guide du visiteur de Venise de 1713 mentionne d’ailleurs que  » Gian. Battista Vivaldi et son fils, prêtre, comptent parmi les meilleurs violonistes « . Antonio reçut ses premières leçons de son père. En 1793, il fut ordonné à la prêtrise mais ne célébra le culte que pendant un an environ, semble-t-il en raison de son asthme sévère. Il est aussi probable que son désir de poursuivre une carrière musicale compta pour beaucoup dans sa décision de laisser de côté ses responsabilités de prêtre. Quelques mois à peine après son ordination, Vivaldi était nommé professeur de violon à l’Ospedale della Pietà.

Fondée en 1346, la Pietà était l’une des quatre institutions vénitiennes pour enfants illégitimes, orphelins ou abandonnés, soutenues par des fonds publics, des dons privés et des sommes réunies lors de concerts. À un moment, il fut estimé que quelque 6 000 enfants furent confiés aux soins de ces institutions et, éventuellement, au fil des ans, la Pietà reçut uniquement des jeunes filles. Venise étant l’une des capitales musicales de l’Europe aux XVIe et XVIIe siècles, l’éducation musicale devint une composante importante du curriculum aux quatre Ospedales. À la fin du XVIIe siècle, la Pietà en particulier était pratiquement devenue un conservatoire de musique et ses concerts commencèrent à récolter prestige et popularité importants. Un visiteur russe écrivit en 1698 :
À Venise, on retrouve des couvents où les femmes jouent de l’orgue et d’autres instruments et chantent si merveilleusement que nulle part ailleurs au monde pourrait-on retrouver un chant si doux et harmonieux. Par conséquent, l’on vient de partout à Venise avec le souhait d’être ranimé par ces chants angéliques.

Les premières années de Vivaldi à la Pietà furent consacrées à l’enseignement du violon et de la viola d’inglese. Il devait aussi fournir des sonates que lui et ses étudiantes interprétaient en concert public. Les gouverneurs de la Pietà semblaient considérer leur infime personnel enseignant masculin comme  » un mal nécessaire « . Les contrats n’étaient jamais établis pour plus d’un an à la fois et résiliés lorsque l’on considérait que les filles et les femmes pouvaient se débrouiller seules. Vivaldi fut démis de ses fonctions en 1709 mais réengagé deux ans plus tard quand le programme pour cordes eut apparemment besoin d’être relancé. C’est lors de cette même année que Vivaldi publia sa première série de concertos instrumentaux, L’estro armonicoL’estro armonico, opus 4L’estro armonico, considérés par plusieurs historiens de la musique comme l’une des collections de musique instrumentale les plus influentes publiées au XVIIIe siècle. Cette publication devait sans nul doute faire décoller la carrière et la réputation de Vivaldi de même qu’orienter dans une nouvelle direction le répertoire de l’orchestre de la Pietà. Son succès assura à Vivaldi un emploi stable à la Pietà, qui mena éventuellement à sa nomination en tant que maestro de’ concerti mais qui devait aussi lui apporter une réputation internationale en tant que violoniste virtuose et compositeur innovateur. Quand les touristes arrivaient à la Pietà, ils n’espéraient pas seulement  » un chant angélique  » mais aussi l’interprétation diabolique de concertos renversants.

Vivaldi : L’estro armonico

Vivaldi avait publié ses deux premiers opus, tous deux des sonates pour violon, chez un éditeur vénitien reconnu pour être techniquement et commercialement régressif. Il a dû avoir conscience de l’importance de cette première publication de concertos puisqu’il se risqua à la faire graver par Estienne Roger d’Amsterdam et donna à la collection un titre accrocheur : L’estro armonico. Même si traduit habituellement en français par  » l’invention harmonique « , le mot oestrus veut dire  » chaleur, stimulus, impulsion véhémente, frénésie « , allusion à la passion saisissante et à l’énergie de ces concertos. La collection comprend douze concertos, divisés en quatre groupes. Chaque groupe s’ouvre par un concerto pour quatre violons, suivi d’un concerto pour deux violons et se termine par un concerto pour violon seul. Un violoncelle reçoit aussi de temps en temps un rôle soliste.

Les concertos pour quatre violons sont particulièrement novateurs : les quatre solistes sont accompagnés, non par un orchestre mais par deux violonistes, un violoncelliste soliste et le continuo. Les solistes se muent en orchestre sur demande dans une forme qui combine des éléments du concerto grosso et du concerto pour soliste, forme que Bach devait utiliser dans ses célèbres Concertos brandebourgeois. En effet, Bach était l’un des nombreux fervents admirateurs de L’estro armonico de Vivaldi. Il transcrivit six des douze concertos pour clavier : les concertos pour violon soliste nos 3, 7 et 12 pour clavecin soliste, les concertos pour deux violons nos 8 et 11 pour orgue et le concerto pour quatre violons no 10 pour quatre clavecins et orchestre à cordes.

L’estro armonico fut l’une des premières séries de concertos italiens à être publiée hors de l’Italie – les Concerti grossi opus 6 de Corelli, références en la matière, ne devaient être publiés que trois ans plus tard. Les concertos de Vivaldi ont fasciné les musiciens de partout en Europe et établi le modèle du concerto du XVIIIe siècle. L’estro armonico connut un énorme succès : Roger l’imprima pas moins de 20 fois avant de fermer son atelier en 1743 et les 230 livres existantes de gravures de l’opus 3, de même que les 51 copies restantes non reliées, valaient 143 florins, plus que tout autre œuvre de Vivaldi. De nombreuses éditions anglaises et françaises apparurent aussi et des copies manuscrites de concertos indépendants de la collection abondent.

© Charlotte Nediger
Traduction: Lucie Renaud

Lire la suite

À propos

Tafelmusik Baroque Orchestra
AN 2 9765-6
AN 2 9765-6

Start typing and press Enter to search