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Vivaldi, Scarlatti, Avison: Salve Regina, Stabat Mater, Concerti per Archi

Informations sur l'album

La voix de Marie-Nicole Lemieux allie puissance et émotion. Accompagnée du Tafelmusik baroque Orchestra, la jeune contralto chante majestueusement le Stabat Mater de Vivaldi et imprègne le Salve Regina de Scarlatti (sans doute le chant d’adieu du compositeur) d’une profonde sérénité.

Les Concertos pour cordes de Vivaldi

Les nombreux concertos d’Antonio Vivaldi (1678-1741)— on en compte plusieurs centaines — ont été écrits principalement pour l’orchestre de l’Ospedale della Pietà de Venise, où le compositeur occupait les postes de professeur de violon et de directeur d’orchestre de 1703 jusqu’à sa mort. Les ospedale vénitiens étaient des institutions charitables dont le but premier consistait à venir en aide aux enfants orphelins, abandonnés ou illégitimes, mais où l’enseignement de la musique a fini par devenir une préoccupation majeure.

La compétence à la fois des professeurs et des élèves avait atteint un tel niveau que d’être admis aux ospedale n’était plus l’ambition des seuls orphelins : une plaque sur un mur extérieur de l’Ospedale della Pietà invoquait les fureurs de la foudre sur quiconque cherchait à faire passer pour illégitime sa fille légitime afin de la faire admettre à l’école de musique. Bien que cette condition préalable à l’admission dut être d’évidence difficile à appliquer, et, semble-t-il, souvent abandonnée — l’argent et l’influence pesaient lourd dans la balance hier comme aujourd’hui —, une autre ne l’était pas : seules les filles y étaient accueillies.

Cela demeure encore un phénomène unique, même 300 ans plus tard, qu’un des meilleurs orchestres d’Europe ait été entièrement féminin. Les concertos de Vivaldi font aussi la preuve de la virtuosité et de la discipline de l’orchestre et des solistes de l’Ospedale della Pietà. En plus des nombreux concertos pour violon et pour d’autres instruments solistes, Vivaldi a composé au moins 44 concertos pour orchestre sans soliste qui mettaient parfaitement en valeur les capacités des musiciennes de la Pietà.

Intitulées indifféremment Sinfonia ou Concerto, plusieurs de ces œuvres sont en réalité une synthèse originale des caractéristiques formelles et stylistiques des deux genres. Bien qu’il soit surtout connu aujourd’hui pour ses concertos, Vivaldi était également célèbre en son temps pour ses compositions vocales, ayant écrit de nombreux opéras, cantates et œuvres sacrées. Soixante des œuvres sacrées de Vivaldi nous sont parvenues, dont des portions de messe, des psaumes, des antiennes et des cantiques, ainsi que quelques motets pour voix soliste.

Le Stabat Mater de Vivaldi

La majeure partie de sa musique sacrée a sans doute été composée pour la Pietà, dont le chœur et les solistes vocaux égalaient l’orchestre en qualité. Cependant, on a découvert récemment que le célèbre Stabat Mater pour voix d’alto solo et cordes est le fruit d’une commande en 1712 de l’église Santa Maria de la Pace à Brescia, ce qui en fait l’une des premières œuvres sacrées de Vivaldi. C’est une œuvre remarquablement sombre et profondément triste, ne laissant poindre aucune trace du concertiste exubérant. Seuls les dix premiers versets du texte sont utilisés, ainsi qu’on les chantait lors des vêpres dans le cadre de la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs. La structure en est simple : la musique des trois premiers mouvements est reprise pour les trois prochains, et les quatre derniers présentent des nouvelles musiques. Tous les mouvements sont dans les tonalités sombres et voilées de fa mineur ou de do mineur, et l’œuvre se termine sur une tierce de Picardie particulièrement saisissante.

Les Concertos d’Avison, d’après les sonates de Scarlatti

Domenico Scarlatti est né à Naples en 1685. Dès l’âge de 16 ans, il occupait un poste d’organiste et de compositeur à la Chapelle royale de Naples, où son père Alessandro était maestro. Il séjourna à Florence, Venise et Rome, y composant des opéras, des oratorios et des cantates, et s’y établissant une réputation de brillant claveciniste. Il a connu des relations tendues avec son père autoritaire; à 31 ans, on a reçu sa requête pour accéder à l’indépendance légale, mais Alessandro persistait à vouloir contrôler la carrière de son fils.

En 1719, à 33 ans, il coupa les liens avec son père en déménageant à Lisbonne et il demeura dans la péninsule Ibérique jusqu’à sa mort en 1757. Il a été le professeur de clavecin de l’infante Maria Barbara, fille du roi João V du Portugal. Lorsqu’elle épousa Fernando le prince héritier d’Espagne en 1728, Scarlatti la suivit à Madrid. C’est probablement pour elle que Scarlatti composa les plus de 500 sonates pour clavecin en un seul mouvement.

Ce sont là des œuvres remarquables, décrites par Scarlatti lui-même comme  » un jeu ingénieux avec l’art « . Elles sont un mélange fascinant d’influences italiennes et ibériques. Du point de vue de la forme et du style, elles se rapprochent davantage de l’Italie que du Portugal ou de l’Espagne. Cependant, elles ont une sonorité typiquement ibérique; Scarlatti a réussi dans ces sonates à capter les sons, les parfums et les paysages de ses pays d’adoption. Ces sonates ont aussi connu un succès international, surtout en Angleterre où elles ont fait sensation.

Le compositeur Charles Avison, de Newcastle, a su en tirer profit en en transcrivant plusieurs pour orchestre à cordes sous forme de concertos grossos, chacun des mouvements des concertos se prétendant une sonate de Scarlatti. Les modèles pour les mouvements vifs des 12 concertos sont faciles à identifier, mais Scarlatti n’a écrit que peu de mouvements lents. Avison soutient sur la page de titre que les mouvements lents sont tirés de sonates manuscrites de Scarlatti et, de fait, plusieurs proviennent d’une série de sonates inédites en quatre mouvements pour instrument soliste et continuo. Ailleurs, Avison a simplement adapté des sonates rapides pour clavier en les ralentissant. Enfin, une douzaine de mouvements n’ont aucun équivalent chez Scarlatti et ont sans doute été composés par Avison.

Les deux mouvements lents du Concerto no 7 en sol mineur ont été adaptés de mouvements d’une sonate avec continuo en sol mineur, K. 88, et les mouvements rapides proviennent des sonates pour clavecin en fa mineur, K. 19 et en fa majeur, K. 17.

Salve Regina de Scarlatti

Avant que Scarlatti s’établisse au Portugal, il avait surtout œuvré dans les domaines de l’opéra et de l’oratorio. Il avait aussi composé quelques œuvres chorales sacrées, fort probablement à l’époque où il occupait le poste de maestro di capella à la Basilica Giulia à Rome.

Unique dans tout son œuvre, on retrouve cependant sa réalisation du texte du Salve Regina pour voix soliste et cordes, composée à Madrid peu avant sa mort en 1757. Il s’agit de sa seule œuvre sacrée pour voix soliste, composée de surcroît longtemps après qu’il eut cessé d’écrire de la musique d’église. La légende voulant que l’œuvre ait été dictée par le compositeur sur son lit de mort a certes contribué à sa notoriété; aussi en a-t-il subsisté des copies manuscrites dans plusieurs bibliothèques d’Europe. Le Salve Regina est une mise en musique d’une simplicité et d’une expression exquises du texte implorant, chanté selon la tradition lors des vêpres durant le temps de la Pentecôte. On a déjà suggéré qu’il pourrait s’agir là du chant d’adieu de Scarlatti, non seulement à la vie, mais aussi à la reine Maria Barbara qu’il avait servie toutes ces années.

© Charlotte Nediger
Traduction: Jacques-André Houle

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Tafelmusik Baroque Orchestra
AN 6 1016
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