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AN 2 9948

Purcell: Here Let my Life

Date de sortie 02 octobre 2007
Numéro de l'album AN 2 9948
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Henry Purcell et la Restauration anglaise

Le 4 avril 1660, dans sa Déclaration de Breda, Charles II signifiait publiquement qu’il acceptait la couronne d’Angleterre. La Déclaration fut rédigée par Charles et trois de ses conseillers, Edward Hyde (premier comte de Clarendon), John Butler (premier duc d’Ormond) et Sir Edward Nicholas (homme d’état anglais). Ceux-ci ont dû porter un soin féroce aux termes par lesquels Charles espérait s’arroger  » la possession du droit que Dieu et la Nature avaient fait notre dû « . Le Parlement Convention qui devait se rencontrer le 25 avril 1660 puis, quelques jours plus tard, le 8 mai, proclama Charles II Roi et Monarque légitime, suite à l’exécution en janvier 1649 de l’ancien roi, Charles I. Avec l’accession au trône de Charles II vint la fin du puritanisme du commonwealth.

C’est à cette époque que la cour du roi montra l’exemple à ses sujets en instituant le patronage musical, en offrant aux compositeurs et aux musiciens une tribune d’expression privilégiée et en invitant des interprètes triés sur le volet à recevoir un salaire de la cour. Ainsi, des odes écrites pour des mariages, des anniversaires, des cérémonies de bienvenue pour dignitaires, de même que d’autres occasions distinguées, permirent aux compositeurs d’être mis en lumière. Ceci devait mener à la montée de deux activités importantes, encore pratiquées aujourd’hui : l’introduction du concert public et la présentation formelle d’opéra. Au cours du demi-siècle qui devait suivre, l’Église, privée de choristes suite à la négligence de la Chapelle Royale, rétablit sa cote en fournissant une remarquable abondance d’artistes, parmi lesquels Henry Purcell demeure certes l’une des figures les plus importantes.

En 1789, Dr Charles Burney commentait, dans une anthologie de chants de Purcell intitulée Orpheus Britannicus:  » Il y a un pouvoir latent dans l’expression des mots anglais [de Purcell]… Et le plaisir nous est transmis, non par symétrie ou rythme de la mélodie moderne, mais en fortifiant, allongeant et accordant les vrais accents de notre langue maternelle.  » Henry Purcell est particulièrement admiré comme étant l’un des compositeurs de chant les plus prolifiques d’Angleterre. Purcell est né à St. Ann’s Lane, Old Pye Street, Westminster. Son père, Henry Purcell, était gentilhomme de la Chapelle Royale. Henry senior eut trois fils : Edward, Henry et Daniel. Daniel Purcell (mort en 1717), le plus jeune des frères, était lui aussi un compositeur accompli. Le père d’Henry Purcell mourut en 1664 et Thomas Purcell, l’oncle d’Henry, devint son tuteur. Ce dernier, qui était gentilhomme de la Chapelle Royale, y fit admettre Henry comme petit chanteur. Il put alors étudier sous la direction du capitaine Henry Cooke,  » maître des enfants « , puis de son successeur Pelham Humphry.

Purcell a fait preuve d’un immense talent pour la composition dès son plus jeune âge.  » Sweet tyraness « , un chant à trois voix écrit pour la pièce de Playford Catch That Catch Can, a été composé quand il n’avait que huit ans. Quatre ans plus tard, en 1670, il signait une œuvre écrite pour l’anniversaire du Roi,  » Adresse des enfants de la Chapelle Royale au Roi et à leur maître, le capitaine Henry Cooke… composée par Maître Purcell, l’un des enfants de ladite chapelle « .

Quand Purcell mua à l’âge de 14 ans, on encouragea ses talents en le nommant assistant de l’accordeur et gardien des instruments de la cour de l’orgue de l’Abbaye de Westminster. Il poursuivit ses études à l’École de Westminster et il fut engagé comme organiste de l’Abbaye de Westminster en 1676. Cette année-là, il composa de la musique pour les pièces Aureng-Zebe du poète John Dryden, Epsom Wells et The Libertine de Thomas Shadwell. En 1677, il écrivit de la musique pour la tragédie d’Aphra Behn, Abdelazar, or The Moor’s Revenge. En 1679, l’organiste de la Chapelle du Roi, Master Blow, démissionna de son poste en faveur du jeune Purcell alors âgé de 22 ans. Pour les six prochaines années, celui-ci allait se consacrer presque exclusivement à la musique sacrée, dont l’œuvre  » Rejoice in the Lord « .

Purcell se maria en 1682, et l’année suivante vit la première publication d’un corpus de ses œuvres, douze sonates. Quand Purcell eut 24 ans, la Musical Society, une organisation de musiciens professionnels et amateurs, lui passa commande d’une œuvre pour le Festival de Sainte Cécile. Purcell devait encore composer deux odes pour cette société. Au cours des prochaines années, il composa surtout de la musique sacrée et des odes pour le roi et les membres de la famille royale. Ainsi, les antiennes I was glad et My Heart is Inditing ont été composées pour le couronnement du roi Jacques II.

Des contraintes puritaines naquit un appétit immense pour le théâtre, que Purcell s’empressa d’agrémenter de la musique. Ces pièces devinrent si populaires qu’elles furent présentées comme des semi-opéras, une forme musicale parente de la comédie musicale moderne, avec musique de scène, l’action théâtrale se muant en chant aux moments décisifs. Comme la réputation de Purcell était grandissante, ses fructueuses collaborations théâtrales ont mené à la composition de musique pour The Fool’s Perferment de D’Urfey, de Tyrannick Love de Dryden et peut-être de son œuvre la plus réussie, l’opéra King Arthur. Basé sur des masques et semi-opéras antérieurs, l’opéra de Purcell Dido and Aeneas s’apparente par sa forme au Venus and Adonis de Blow ; l’œuvre demeure une référence dans l’histoire de la musique dramatique anglaise, son exécution ayant eu lieu entre 1688 et 1690. En 1684, pour la Sainte Cécile, Purcell présenta le premier Te Deum anglais à être accompagné par un orchestre. La majorité des œuvres écrites pour le théâtre par Purcell le furent entre 1690 et 1695, période pendant laquelle il compléta la musique de scène de 45 pièces.

Dans Orpheus Britannicus, Henry Playford décrit  » le talent extraordinaire de l’auteur dans tous genres de musique, mais il fut particulièrement admiré pour sa maîtrise du répertoire vocal, étant doté d’un extraordinaire génie pour exprimer l’énergie des mots anglais, tout en suscitant les passions de tous ces auditeurs.  » La diversité des chants pour soliste de Purcell est impressionnante. Plus de cent chants remarquables et uniques nous sont parvenus, chiffre qui n’inclut pas ses chants sacrés et ses antiennes, odes et près de 150 chants pour le théâtre.

Here let my life (Qu’en ce moment ma vie s’en aille) est un superbe exemple de l’art qui assura à Purcell une place de choix dans l’histoire de la musique ; le génie de Purcell en tant que peintre des mots et son don pour capturer les émotions humaines les plus profondes sont immédiatement mis en évidence.

Music for a while(extrait d’Oedipus, 1692) met en lumière une mélodie hypnotique construite sur une basse obstinée modulante, le chant s’offrant dans sa forme la plus vulnérable, avec accompagnement solo de luth.

La complainte O, O let me weep ! (O, O laisse-moi pleurer) fait partie du masque de l’Acte V du semi-opéra de Purcell, Fairy Queen. Cette émouvante complainte est basée sur une basse obstinée de sept mesures, l’obbligato du violon solo faisant écho à la voix et créant une texture particulièrement lisse.

Entre 1692 et 1695, Purcell fit trois arrangements de If music be the food of love (Si la musique nourrit l’amour) du Colonel Henry Hevingham ; le premier, tout en simplicité, fait pourtant usage des mélismes dans la dernière phrase.

Crown the Altar (Couronnez l’autel) est une mise en musique splendide du texte de Nahum Tate tiré de la Birthday Ode for Queen Mary datée de 1693. Les phrases inventives aux intervalles angulaires, soulignées par l’utilisation caractéristique de Purcell de la rhétorique, rendent ce chant mémorable. Tout aussi mémorable est la façon dont Purcell traite l’écriture déclamatoire de In the Black Dismal Dungeon (Dans le morne et noir donjon du désespoir). Ici, les dramatiques premières phrases annoncent des sections plus mélodiques, le texte étant souligné par des harmonies flottantes et mouvantes.

Come Ye Sons of Art (Venez, fils de l’Art), la sixième ode du même nom composée par Purcell, fut écrite pour le 33e anniversaire de la Reine Mary en 1694. L’auteur du texte n’est pas connu mais c’est certainement la musique de Purcell qui rend l’œuvre aussi festive.

Sound the trumpet (Sonnez la trompette) est un duo tiré de la dernière des six Birthday Odes. Le texte reçoit ici un traitement glorieux, sur basse obstinée modulante et joyeux accompagnement de clavecin. Robert King suggère que, puisque des trompettes ne sont pas réellement entendues dans ce duo, la phrase répétée  » you make the listening shores resound  » (vous faites résonner les rives qui écoutent) pourrait être une référence sournoise aux célèbres trompettistes William et Matthias Shore, présents lors du concert puisqu’ils jouaient dans l’orchestre pendant les premières interprétations de l’Ode.

In Vain the Am’rous flute (En vain la flûte amoureuse) est tiré de l’Ode for St. Cecilia’s Day, daté de 1692. Ici, les flammes séraphiques et l’amour céleste sont dépeintes avec la délicatesse légendaire de Purcell, les  » soupirs  » des flûtes s’entrelaçant à la douceur des voix.

La mort d’Henry Purcell en 1695 a probablement été causée par une pneumonie ou une tuberculose, même si certains historiens avancent que, rentrant tardivement du théâtre à son domicile de Dean’s Yard à Westminster, Purcell se serait cogné à une porte barrée, peut-être non intentionnellement, alors que sa femme était déjà profondément endormie. Il mourut quelques jours plus tard, laissant dans le deuil sa  » femme aimante Frances Purcell  » et trois enfants. Des amis de longue date, Dryden et Blow, ont uni leurs talents pour composer une ode funèbre en son honneur,  » Mark how the lark and linnet sing  » ( » Notez comment l’alouette et la linotte chantent « ), ainsi que son épitaphe où l’on peut lire :  » Ci-gît Henry Purcell, Esq., qui a quitté cette vie pour ce lieu béni qui seul le surpasse en harmonie « .

Le verbe de Dryden lui a valu une gloire telle qu’on estime que l’ère connue sous le nom de Restauration se termine avec l’année de sa mort : 1700. Notre monde moderne jette un regard derrière lui avec tristesse et admiration.

La Restauration fut donc inaugurée par le couronnement d’un roi pour se conclure avec la mort d’un poète. Nous vivons dans une société qui souvent n’appose pas de valeur à l’histoire et nous arrache de tant de liens qui pourraient donner un sens à notre vie. Nous vivons maintenant dans un monde qui se languit de trouver sens et espoir.

Matthias Maute: Concerto on the Death of Henry Purcell

Interprète et spécialiste de la flûte à bec de réputation internationale, Matthias Maute est aussi un compositeur fécond dont plusieurs œuvres ont été publiées chez divers éditeurs. Il présente ainsi son concerto en quatre mouvements (Affetuoso, Allegro, Lamento, Allegro) :  » Le Concerto on the Death of Henry Purcell est écrit dans le langage musical des années 1720 et se veut un véritable hommage à Henry Purcell. Vous pourrez entendre dans le troisième mouvement, une référence à la fameuse chaconne pour deux flûtes à bec et basse continue de Purcell où, sur une ligne descendante de la basse, un canon de flûtes fait des merveilles. Le Concerto on the Death of Henry Purcell comporte un canon semblable, axé cependant, sur une ligne de la basse ascendante. « 

© Dan Taylor
Traduction: Lucie Renaud, Gil Cimon

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À propos

Daniel Taylor
AN 2 9541 Handel – Ode for St. Cecilia’s Day
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