fbpx
AN 2 9890-1

Bach: La Passion selon saint Jean (2CD)

Informations sur l'album

Passion selon Saint Jean (BWV 245)

Cet enregistrement de la Passion selon saint Jean réalisé par le Bach Choir of Bethlehem – la plus ancienne société Bach d’Amérique – témoigne du rôle important qu’a joué l’œuvre dans son histoire. En effet, en 1888, alors qu’il venait de compléter ses études avec Reinberger à Munich, J. Fred. Wolle devait diriger la Bethlehem Choral Union lors de la première interprétation américaine complète de cette Passion à la Moravian Church de Bethlehem. Dix ans plus tard, la Choral Union deviendrait le Bach Choir qui, lors de son premier concert en 1900, interpréterait la Messe en si mineur. Même s’il n’a pas été présenté tous les ans au départ, le festival annuel Bach de Bethlehem continue de faire revivre la musique de Bach auprès de milliers d’auditeurs, venant aussi bien des États-Unis que de l’étranger.

La Passion selon saint Jean de Bach est l’un des chefs-d’œuvre absolus du répertoire choral, mais n’a pas été reconnue comme telle immédiatement. Elle a été redécouverte après qu’une interprétation de la Passion selon saint Matthieu donnée par Mendelssohn en 1829 eut stupéfié le monde musical et rappelé la nature exceptionnelle de la musique vocale de Bach, ce qui, parallèlement, a provoqué un regain de popularité des concerts choraux en général, toujours perceptible aujourd’hui.

L’intérêt suscité par la Passion selon saint Matthieu a permis de mettre en lumière l’autre Passion de Bach, celle selon saint Jean. Les comparaisons établies entre les deux œuvres ont souvent voulu que la Passion selon saint Jean soit considérée une œuvre plus simple, parce qu’elle semblait moins complexe au niveau des ressources vocales et instrumentales. Pourtant, les différences entre les deux passions ne devraient pas être évoquées en termes de supériorité l’une par rapport à l’autre, mais plutôt de différences de perspectives, chacune proposant une mise en musique de deux récits distincts.

Le récit de la Passion selon l’Évangile de saint Matthieu est interprétatif et traite des implications cosmiques de la tragédie. Celui de saint Jean se veut plus dramatique et révèle au fur et à mesure, de façon personnelle, le détail des souffrances de Jésus – et leurs effets sur ceux entraînés dans leur sillon. Par conséquent, la lecture de Bach de la Passion selon saint Mathieu semble un peu détachée, distante et réfléchie, comme si on regardait la scène du haut des cieux, alors que la Passion selon saint Jean est bouleversante, immédiate et irrésistible, comme si vous étiez assis dans le proscenium lors d’une représentation de Shakespeare – si près que vous faites littéralement partie de l’action. La Passion selon saint Matthieu est plus mesurée et offre des moments de répit, pendant lesquels l’action s’arrête, qui permettent d’interpréter le sens de ce qui vient de se passer. En revanche, à travers la façon dont elle aborde les événements, la Passion selon saint Jean nous laisse pratiquement à bout de souffle, les chorals et arias exacerbant cette intensité. Celle selon saint Matthieu propose un tableau à observer; celle selon saint Jean une succession d’événements à ressentir.

Nous entendons les Passions de Bach de façon très différente de leurs premières à Leipzig. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont des pages de musique liturgique. La Passion selon saint Jean n’a pas été conçue comme un oratorio indépendant, même si on l’écoute généralement de cette façon – tout comme Le Messie de Handel, La Création de Haydn, Elijah de Mendelssohn et le War Requiem de Britten. Bach a écrit l’œuvre pour le culte d’une communauté, pas pour un public détendu. Elle était intégrée à un service liturgique, les vêpres du Vendredi saint, écoutée dans un contexte de prière, de prédication et de chants entonnés par les fidèles. Les deux demies n’étaient pas pensées pour s’articuler autour d’un entracte, mais d’un sermon d’une heure sur la Passion de Jésus.

Quand nous entendons cette œuvre, nous le faisons hors contexte, en oubliant qu’elle faisait partie du répertoire de la Semaine sainte, qu’elle demeurait une page liturgique, jouée aux vêpres du Vendredi saint. Nous l’entendons dans un contexte entièrement différent – moderne, non ecclésiastique, dans des conditions rappelant la salle de concert (même quand la Passion est donnée dans une église) ou de façon désincarnée, à travers des haut-parleurs ou des écouteurs –, qui dissocie la musique de son contexte original et favorise une écoute dans l’isolement, sans a priori.

Nous pouvons adopter une approche historique en utilisant des instruments d’époque, apprendre les pratiques interprétatives associées à cette musique, mais nous ne pouvons pas entendre cette musique avec des oreilles du 18e siècle. Nous avons des oreilles du 21e siècle qui ne peuvent pas prétendre n’avoir jamais entendu Schoenberg, Stravinski ou Stockhausen. Nos esprits du 21e siècle ne peuvent pas inventer les restrictions d’un point de vue du 18e siècle. C’est pourquoi nous devons créer notre propre contexte afin d’apprivoiser l’œuvre. En termes philosophiques, nous devons interpréter ce que nous entendons afin que tout cela fasse sens dans notre monde moderne, chacun devant créer son propre contexte philosophique.

Certains entendront la musique en tant qu’affirmation de la foi chrétienne – ce qu’elle est –, encore puissante aujourd’hui, même si elle est entendue hors du cadre de ses contextes liturgiques et théologiques originels. D’autres qui ne partagent pas cette croyance ignoreront texte et sujet pour la recevoir comme une merveilleuse page musicale mais, même si cette musique est magnifique, elle reste dérangeante. Après tout, elle se veut l’énoncé musical du procès et de l’exécution d’un innocent, alors que tous les autres sont loin de la perfection. Pourtant, elle ne s’avère pas un exercice de désespoir. La musique prouve hors de tout doute que, même si la nature humaine peut être sérieusement imparfaite, elle est néanmoins capable de créer des œuvres d’art qui nous offrent l’espoir. Écoutez simplement ce choral final, presque entièrement en majeur, alors que presque tout ce qui le précède est écrit en mineur. À la fin, l’espoir conquiert le désespoir, la résurrection succède à la mort.

Copyright © Robin A. Leaver 2011
Traduction de Lucie Renaud

Lire la suite

À propos

AN 6 1053
AN 6 1053
AN 6 1053

Start typing and press Enter to search