fbpx

Informations sur l'album

Violons: Chloe Meyers, Chantal Rémillard
Violes de gambe: Elin Soderstrom, Mélisande Corriveau, Elizabeth MacMillan
Violoncello: Amanda Keesmaat
Clavecin, Orgue: Alexander Weimann
Luth: Sylvain Bergeron
Flûte à bec, hautbois, cornetto: Matthew
Jennejohn
Cornetto: Douglas Kirk
Saquebout : Trevor Dix, Peter Christensen, Dominique Lortie

Le règne d’Élisabeth et des premiers Stuarts fut pour l’Angleterre une période de multiples troubles politiques et religieux, qui favorisa le développement d’une étonnante culture de la mélancolie, devenue bien vite un « mal anglais”. Ce culte d’un sentiment doux amer préfigure assurément l’âge romantique, mais se rattache aussi à l’esthétique baroque, à son goût du tragique et des contrastes. Tout à la fois cause et cure de la mélancolie, la musique a pu jouer alors un rôle important, se plaisant à entretenir les humeurs noires, mais aussi à les ennoblir, voire à les guérir. Selon l’humaniste Robert Burton, qui fait paraître en 1621 une très volumineuse Anatomy of melancholy, les instruments comme les voix ont le pouvoir d’écarter la peur de la mort, de redonner vie et de conduire l’âme au-delà d’elle-même. Certes, ajoute-t-il,  » de nombreux hommes deviennent mélancoliques en écoutant de la musique, mais c’est une mélancolie agréable; et pour ceux qui sont malheureux, en proie au chagrin, à la peur, à la peine, à l’abattement, c’est un remède efficace qui agit sur leur esprit souffrant. « 

William Byrd déjà, puis Dowland, Wilbye, Morley, Campion et bien d’autres ont contribué à cet âge d’or de la mélancolie, dont l’influence se fera sentir encore chez Purcell. « What is love but mourning?”, telle est la question que semblent poser sans cesse musiciens et poètes, comme en témoigne ici le madrigal Ambitious Love, où la conquête de la bien-aimée paraît une entreprise désespérée autant que nécessaire. Dans ce registre se remarque aussi l’étonnant air Love stood amazed, un des plus dramatiques que Dowland ait jamais écrit, et un des rares où l’on sente chez lui une influence italienne. La mélancolie prend toutefois de multiples visages, et, au-delà du dépit amoureux, on la voit souvent se teindre d’angoisse métaphysique et de piété salutaire : ainsi, dans As by the streams of Babylon, Thomas Campion propose une traduction du célèbre psaume 137, où les Hébreux pleurent leur exil forcé ; nul doute que cette complainte ait pu faire écho aux nombreuses persécutions religieuses qui marquaient alors l’histoire de l’Angleterre.

On aurait tort, cependant, d’imaginer cette époque plus morose qu’elle ne l’a vraiment été, et l’esprit de jeu présent chez Morley (April is in my mistress face) ou dans la chanson The Marigold, mise en musique par Nicolas Lanier, n’échappera à personne. Voyez encore Dowland : lui si souvent affligé (« Ever Dowland, ever doleful!”), était aussi, aux dires d’un témoin, « une personne enjouée, passant ses journées en honnête gaieté” ! Cette lumière est davantage présente dans son premier livre d’airs, d’où proviennent Awake sweet love et Can she excuse, tous deux construits sur des rythmes de gaillarde, afin de souligner l’espoir –pourtant fragile– d’un amour heureux.

A la variété des émotions et des textes poétiques correspondait, bien sûr, la variété des pratiques musicales. Si le luth fut l’instrument de prédilection de plusieurs des compositeurs enregistrés ici, ce n’est pas forcément à lui seul qu’il revenait de soutenir la voix. Ainsi Campion laisse-t-il toute latitude aux interprètes, ses œuvres étant conçues « pour chanter avec le luth et les violes, à 2, 3 et 4 parties, ou pour une voix et un instrument” . De même, beaucoup des airs de Dowland s’accompagnent d’une tablature de luth, mais aussi de parties supplémentaires, à chanter ou à jouer. On trouvera sur le présent disque un reflet de ces possibilités multiples : quelques airs sont en effet proposés avec le seul accompagnement du luth ou du clavecin, tandis que plusieurs autres ont paru propices à l’emploi de diverses combinaisons expressives : par exemple, dans le cantique du nouvel an O God, that guides the cheerful sun, la sonorité claire et douce du cornetto se mêle à la voix, illustrant, en quelque sorte, l’éclat discret du soleil levant. D’autre part, tout comme Dowland a pu placer certains textes sur des danses instrumentales, on a ici, à l’inverse, confié l’exécution des quatre voix du sublime madrigal Adew, sweet Amaryllis à un broken consort composé des violes, d’un cornetto et du luth.

Henry Purcell a poursuivi la tradition du lute song jusqu’à la fin du XVIIe siècle, accordant néanmoins une attention encore plus grande à l’expression du texte, à la rhétorique. Dans Sweeter than roses, chaque mot, chaque procédé de style est souligné, sans qu’on perde l’unité de l’ensemble ; ainsi, Purcell ne révèle le sujet du poème –le baiser!– qu’après quinze mesures d’attente langoureuse, amplifiant l’effet de suspension déjà présent dans le texte. L’air Here the deities approve, quant à lui, forme la plus émouvante partie d’une brève ode à la musique (Welcome to all the pleasures), et rappelle qu’elle est, tout comme l’amour, un don des dieux.

© Philippe Gervais

Lire la suite

À propos

AN 2 9781
AN 2 9781
AN 2 9781
AN 2 9781

Start typing and press Enter to search